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Morris Hayes : « Welcome 2 America est un disque important »

Enregistré en 2010, puis remisé dans le Vault, l’album inédit de Prince Welcome 2 America paraît 11 ans après. Co-producteur de l’album et clavier historique du New Power Generation, Morris Hayes dévoile son contenu et ses coulisses pour Funk★U. 

★★★★★★★

Funk★U : Welcome 2 America est resté inédit pendant plus d’une décennie. Qui a eu l’idée de sa parution en 2021 ?

Morris Hayes : La décision vient du Prince Estate, qui avait retrouvé cet album dans le Vault parmi tout le matériel inédit stocké pendant des années. Ce disque a été enregistré il y a plus de dix ans, mais je suis très heureux qu’il sorte aujourd’hui, et aussi un peu fier qu’il succède aux rééditions de Purple Rain, 1999 et Sign Of the Times.

 

Cet album est une surprise pour les fans, mais vous avez dû également être surpris quand Prince vous avait demandé de le co-produire.

Oui, bien sûr ! Un soir de printemps, en 2010, j’étais tranquillement en train de me reposer à la maison quand Prince m’a appelé en me demandant : « Morris, tu es libre ? Viens à Paisley Park, j’aimerais te faire écouter quelque chose. » J’habite tout près, et je suis monté dans ma voiture. En me garant sur le parking de Paisley Park, j’aperçois Prince dans sa voiture, une Cadillac. Il me fait signe de monter, puis glisse un CD dans l’autoradio en m’expliquant qu’il vient d’enregistrer des titres avec la bassiste Tal Wilkenfeld, qu’il trouve fantastique, et le batteur Chris Coleman, que Tal lui avait suggéré. Il me décrit ensuite chaque chanson et les thèmes qu’elles abordent, puis me demande de le co-produire en ajoutant ou en retirant les éléments que je juge utiles ou dispensables. J’étais sous le choc.

Morris at soundcheck by Peter   Lodder (1)

Morris Hayes

C’était une première, car Prince n’avait pas l’habitude de déléguer la production de ses albums.

Je crois que Kirk Johnson avait fait quelques productions additionnelles sur certains titres, et Josh Welton a contribué plus tard à Hitnrun Phase 1, mais sur le moment, je n’ai pas raisonné en ces termes. Depuis mon arrivée dans le NPG en 1992, j’avais travaillé sur énormément de titres avec Prince et le groupe, mais il n’avait jamais encore dit à quelqu’un : « Prends ce CD et travaille dessus de ton côté. » Jusqu’ici, il avait l’habitude de se tenir derrière votre épaule en vous donnant des indications, et surtout en vous demandant d’aller le plus vite possible (rires) ! Je venais d’installer un studio à domicile et je pouvais travailler tranquillement sur un titre par jour, sans que Prince ne vienne m’influencer. Chaque fois que je terminais un titre, je lui soumettais, et s’il était content, je passais au suivant. Je croisais les doigts tous les jours, mais au bout du compte, tout s’est bien passé. L’échange était très facile.

 

Selon vous, pourquoi Prince vous a-t-il donné une telle opportunité ?

Je crois qu’il me faisait confiance en tant que musicien, mais je crois aussi que c’était un test. De toute manière, quand quelque chose ne lui plaisait pas, votre travail était enterré à jamais. Il m’a donné ma chance, et j’aimais beaucoup ces titres qui étaient très bruts et organiques. L’instrumentation était live, constituée de batterie et de basse non-traitées, de guitares et des chœurs absolument superbes de la part des filles (Shelby J, Elisa Fiorillo et Liv Warfield, ndr.). Ces titres étaient presque finalisés, mais ils étaient très rough et j’ai souhaité qu’ils le restent car Prince évoquait des sujets importants. Il n’était pas perçu comme un artiste politique, mais sa conscience sociale s’exprime vraiment dans les textes de cet album. Dès lors, mon travail de co-producteur a consisté à transmettre son message de la manière la plus claire possible.

Welcome 2 America, le titre qui ouvre l’album, annonce la couleur musicale de l’ensemble.

J’ai simplement ajouté des programmations de batterie et des parties de claviers un peu bizarroïdes car tout le reste était déjà là. C’est un titre très minimaliste, dans le lignée de quelques-uns de ses plus grands succès, dont « Kiss » et « Sign of The Times » et son texte, qui évoque les réseaux sociaux, est très juste. Prince décrit le pouvoir grandissant des plateformes digitales, des iPhones et des iPads sur notre quotidien et son analyse est visionnaire, car leur pouvoir est encore plus grand aujourd’hui qu’il ne l’était il y a dix ans.

 

« (Running Game) Son of a Slave Master », la chanson suivante, est presque un titre de Prince featuring Prince, car elle est principalement interprétée par Shelby J.

À cette époque, Prince impliquait énormément Shelby et les choristes du NPG sur scène et en studio. Il leur donnait beaucoup d’espace et leur laissait chanter des titres en lead, ce qui n’était pas arrivé depuis que Rosie Gaines était dans le groupe. Il leur faisait confiance, et il s’inspirait sans doute aussi de Sly and the Family Stone pour la répartition des voix. Dans « (Running Game) Son of a Slave Master », Prince a donc laissé Shelby en chanteuse principale et s’est contenté de chanter quelques harmonies, mais c’est de cette manière qu’il avait envisagé cette chanson.

L’influence de Curtis Mayfield est très nette sur ce titre, sans doute encore plus que dans « Born 2 Die », le morceau suivant.

Oui, mais Prince a surtout évoqué Curtis Mayfield au sujet de « Born 2 Die ». Il passait vraiment beaucoup de temps sur Internet, et après avoir vu sur YouTube une émission dans laquelle le philosophe Cornel West avait déclaré : « nous adorons notre Frère Prince, mais il n’est pas Curtis Mayfield ». « Ah bon ? Je vais lui montrer… » (rires). Il a relevé le défi en écrivant une chanson sur l’injustice sociale. La première fois que j’ai entendu « Born 2 Die », j’ai tout de suite compris ce qu’il fallait faire. Je lui ai ensuite fait écouter ma version, et au cours de mes vingt années et plus de carrière aux côtés de Prince, je n’ai jamais reçu autant de compliments de sa part. Il était si content qu’il me remerciait en me prenant par les épaules et en me disant « Tu es Duke Ellington ! » (rires).

 

À la première écoute, « 1000 Light Years From Home » sonne de manière familière, car il s’agit de la coda de « Black Muse », parue en 2015 dans Hitnrun Phase 2.

« 1000 Light Years From Home » est effectivement la continuation de « Black Muse », qui avait été enregistrée à la même époque mais lors d’une autre séance avec John Blackwell à la batterie. L’idée de replacer un titre sur un album des années plus tard pourrait sembler incongrue, mais tout est cohérent chez Prince, qui était également très attaché à la notion d’album. Il avait entendu une interview de Beyoncé dans laquelle elle expliquait que les gens préféraient consommer des titres de nos jours, et il avait été très contrarié. Welcome 2 America est l’exemple type d’un album à part entière, avec des thèmes sociaux et politiques reliés par une véritable identité sonore.

 

« Stand Up and B Strong » est une reprise du groupe Soul Asylum. Une fois encore, il est dominé par les chœurs du trio. Ont-elles enregistré leurs parties live en compagnie du groupe ?

Je n’étais pas présent physiquement lors de ces séances, ni ajouté quoi que ce soit à ce titre, mais j’ai compris que Shelby, Elisa et Liv chantaient leurs prises en live dans le studio avec Prince, qui produisait la session, Tal et Chris. Il leur avait fait écouter les titres avant les prises, et elles avaient eu très peu de temps pour répéter leurs textes. Elles sont exceptionnelles, et le résultat est très fluide.

 

De quelle manière avez-vous participé à « Check the Record » ?

C’est un titre complètement fou, et sans doute une des chansons les plus difficiles à produire de cet album : Chris est à la batterie, mais elle n’était pas calée correctement dans le CD que m’avait confié Prince. Je n’ai pas eu accès aux pistes séparées de cet album, juste un CD rapidement mixé, ce qui a causé quelques problèmes techniques. Par exemple, j’ai dû insérer des percussions à un moment précis pour que la batterie rattrape le tempo. C’est si subtil que l’on s’en rend à peine compte, mais la différence est notable lorsqu’on la compare avec la version originale que l’Estate avait l’intention de placer dans la première configuration de l’album. J’ai aussi ajouté un son de clavier comparable à celui d’une enclume et j’aime beaucoup cet effet, qui a également beaucoup plu à Prince.

 

Avez-vous retravaillé certains titres en vue de la parution de Welcome 2 America ?

Oui. Quand le Prince Estate m’a fait écouter le tracklisting final de l’album, j’ai remarqué quelques éléments que Prince avait ajouté en post-production ainsi que quelques changements de textes, mais mes interventions avaient été quasiment inchangées.

Tout comme « Hot Summer », « Same Page, Different Book », sans doute le titre le plus funky de l’album, avait déjà été diffusé sur Internet avant d’apparaître sur Welcome 2 America

Oh my God ! Prince a vraiment laissé Tal s’exprimer sur « Same Page, Different Book ». Il lui a dit : « fais ton truc avant chaque break. Just drop it in the hole ! » (rires). Elle tue vraiment sur ce morceau. Une fois encore, j’ai ajouté quelques parties de claviers, de percussions et quelques effets en m’efforçant de conserver la simplicité et le côté funky de l’ensemble.

 

Prince avait-il l’intention d’engager Tal Wilkenfeld et Chris Coleman en vue d’une tournée ?

J’y ai cru au début, car en règle générale, quand Prince enregistre un album avec un nouveau groupe, celui-ci devient la nouvelle formation du NPG. Ça ne s’est pas passé comme ça cette fois, sans doute parce que Tal était très demandée par d’autres artistes, notamment Jeff Beck, et c’était la même chose pour Chris, qui avait aussi un planning très serré. Et quand vous travailliez avec Prince, vous deviez être disponible à 100%, 24 heures sur 24.

 

« When She Comes », la seule ballade de l’album, apparaît dans une version différente et moins arrangée que celle parue dans Hitnrun Phase 2, en 2016.

Oh, Man… Cette version est bien meilleure. L’Estate avait proposé de réutiliser cette version, mais je leur ai expliqué que celle que j’avais était bien supérieure et ils ont fini par l’inclure dans cet album. Quand Prince me l’a faite écouter dans sa voiture, je lui ai dit : « Je ne toucherai pas à ce titre. C’est une de tes plus belles ballades depuis longtemps et elle aurait mérité d’être arrangée par Clare Fischer ». Il m’a répondu : «  Oui, j’aurais dû l’envoyer à Clare », puis il l’a rangée dans le Vault.

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Prince sur scène en 2011

« 1010 (Rin Tin Tin) » est un des sommets de l’album. Difficile également d’imaginer que Prince s’état inspiré du célèbre berger allemand de la série TV pour écrire une chanson ! 

(Rires). Ce titre, tout comme « 1000 Light Years From Home », « Yes » et « One Day We’ll All Be Free », provient de l’Estate et ne figurait pas dans le CD que m’avait confié Prince. Il me semble l’avoir entendue à l’époque, mais il n’est jamais sorti. C’est un simple aperçu de l’étendue du Vault.

 

Existe-t-il d’autres albums du même genre, c’est-à-dire entièrement finalisés et prêts à sortir, dans le Vault ?

Oui, vous n’avez pas idée ! Je pense notamment à un album entier avec Maceo Parker, parmi d’autres…

 

Quelques semaines avant Welcome 2 America, Prince a enregistré l’album 20Ten, paru en juillet 2010 en exclusivité dans Le Courrier international. Comment compareriez-vous ces deux albums ?

Welcome 2 America est largement supérieur. Je ne suis pas tellement fan du son global de 20Ten, qui contient quand même quelques bonnes chansons. Welcome 2 America est plus ambitieux : ses textes engagés, ses sonorités organiques et l’implication de Tal et Chris avaient apporté quelque chose de nouveau à sa production de l’époque. Welcome 2 America est un disque important.

 

Propos recueillis par Christophe Geudin

 

Prince Welcome 2 America (NPG Records/Legacy Recordings) ***. Disponible le 30 juillet en CD, double-vinyle, versions digitales et coffret Deluxe CD/LP/Blu-Ray.


The Time cool

Vidéo : The Time “Cool” (Version HD 2021)

The Time, le premier album du groupe phare du Minneapolis Sound incluant Morris Day et Jesse Johnson, fête ses 40 ans en 2021.

Écrit, produit et arrangé par Prince, ce LP culte sera réédité Par Rhino le 16 juillet en double-vinyle rouge et blanc remasterisé à partir des masters originaux dans le cadre du Black Music Month.

À cette occasion, voici le clip du single “Cool”, restauré en haute-définition. What’s that spell ?


Prince BORN

Audio : Prince “Born 2 Die”

Attendu le 30 juillet, Welcome 2 America, l’album inédit de Prince enregistré en 2010, révèle son deuxième extrait.

Produit par Morris Hayes et enregistré avec le concours de la bassiste Tal Wilkenfeld, du batteur Chris Coleman et des choristes Shelby J., Liv Warfield et Elisa Fiorillo, ”Born 2 Die” est un mi-tempo soul-funk inspiré par Curtis Mayfield.

Lors d’un discours, le philosophe Cornel West avait déclaré qu’il ne possédait pas la fibre sociale et politique du leader des Impressions. Prince a ensuite relevé le défi en signant un des meilleurs titres de Welcome 2 America.

Découvrez ci-dessous “Born 2 Die”.

 


Merci Miles

Miles Davis à Jazz à Vienne 1991 en CD et double-vinyle

L’amour de Miles Davis pour la France a été largement documenté et couronné par une Légion d’honneur obtenue en juillet 1991. Miles Davis avait reçu cette médaille des mains du ministre de la culture Jack Lang, qui l’avait surnommé “le Picasso du jazz.” Quelques jours plus tôt, il avait donné un concert électrisant au Festival Jazz à Vienne en compagnie du Miles Davis Group, composé de Kenny Garrett (saxophone), Deron Johnson (claviers), Joseph “Foley“ McCreary (basse, claviers), Richard Patterson (basse) et Ricky Wellman (batterie). Il décédera deux mois plus tard, le 28 septembre 1991.

Le concert de Miles Davis au Théâtre antique de Vienne le 1er juillet 1991 est une de ses dernières performances, et cet enregistrement inédit contient deux titres écrits par Prince, “Penetration” et “Jailbait” (tracklisting complet ci-dessous). Cette édition spéciale intitulée Merci, Miles ! Live at Vienne sera disponible le 25 juin en double-CD, double-vinyle et version digitale.

Tracklisting

  1. Hannibal
  2. Human Nature
  3. Time After Time
  4. Penetration
  5. Wrinkle
  6. Amandla
  7. Jailbait
  8. Untitled Finale

 


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Vidéo : “60 Minutes” : le making-of de Welcome 2 America de Prince

Annoncé en fin de semaine dernière, Welcome 2 America, l’album inédit de Prince à paraître le 30 juillet, a fait l’objet d’un reportage inédit dimanche soir sur la chaine CBS.

L’émission 60 Minutes s’est rendue à Paisley Park à la rencontre de Morris Hayes, co-producteur de l’album, et de la choriste Shelby J.. En différé du Studio B, le claviériste du NPG dévoile quelques extraits de Welcome 2 America (dont “Check the Record” et “Born 2 Die”) et commente sa relation de travail avec Prince. Au programme également, de courts extraits du Blu-Ray du concert du Los Angeles du 28 avril 2011 disponible dans la version Deluxe du coffret Welcome 2 America.

Visionnez ce reportage ci-dessous et son bonus “Overtime”.


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L’album inédit de Prince “Welcome 2 America“ en juillet

Enregistré en 2010, puis écarté à la dernière minute pour laisser place à 20TEN, l’album inédit de Prince Welcome 2 America paraîtra cet été.

Présenté par le Prince Estate comme “une puissante prise de position qui illustre les interrogations de Prince, ses espoirs, sa vision sur une société en mutation, annonçant les prémices d’une ère de divisions politiques, de désinformation et d’un combat renouvelé pour la justice raciale“, cet album co-produit par Morris Hayes n’a pas eu le temps de voir le jour : peu de temps après avoir finalisé Welcome 2 America, Prince s’embarque pour une tournée du même nom en 2010 et 2011 avec son groupe The New Power Generation, tournée couronnée par le « 21 Nite Stand » (21 soirées au Forum, à Inglewood, Californie).

Outre les parties de guitares, de claviers et de chant de Prince, Welcome 2 America comprend la participation de Tal Wilkenfeld (basse), Chris Coleman (batterie), Morris Hayes (claviers, percussions), Liv Warfield, Shelby J. et Elisa Fiorello (chant).

Dans son édition Deluxe, les 12 titres de Welcome 2 America seront accompagnés d’un Blu-Ray comprenant un concert intégral – comprenant de nombreuses reprises de classiques du funk – filmé au Forum de Los Angeles le 28 avril 2011. Tracklistings complets ci-dessous.

Prince Welcome 2 America. Sortie le 30 juillet en CD, double-vinyle, versions digitales, coffret Deluxe CD/Vinyle/Blu-Ray et éditions collector. Pré-Commandes.

Découvrez ci-dessous le morceau-titre Welcome 2 America.

Tracklisting album

  • Welcome 2 America
  • Running Game (Son Of A Slave Master)
  • Born 2 Die
  • 1,000 Light Years From Here
  • Hot Summer
  • Stand Up And B Strong
  • Check The Record
  • Same Page Different Book
  • When She Comes
  • 1010 (Rin Tin Tin)
  • Yes
  • One Day We Will All B Free

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Tracklisting Blu-Ray

  • Joy in Repetition
  • Brown Skin (India.Arie cover)
  • 17 Days
  • Shhh
  • Controversy
  • Theme From “Which Way Is Up” (Stargard cover)
  • What Have You Done for Me Lately (Janet Jackson cover)
  • Partyman
  • It’s Alright (Graham Central Station cover)
  • Make You Feel My Love (Bob Dylan cover)
  • Misty Blue (Eddy Arnold cover)
  • Let’s Go Crazy
  • Delirious
  • 1999
  • Little Red Corvette
  • Purple Rain
  • The Bird
  • Jungle Love
  • A Love Bizarre
  • Kiss
  • Play That Funky Music (Wild Cherry cover)
  • Hollywood Swingin’ (Kool & The Gang cover)
  • Fantastic Voyage (Lakeside cover)
  • More Than This (Roxy Music cover)

Disquaire 2021

Disquaire Day 2021 : la sélection de Funk★U

Cette année, l’édition du Disquaire Day se déroulera en deux temps, avec une première livraison de vinyles exclusifs le 12 juin et une seconde le 17 juillet.

Particulièrement riche en soul-funk, voici notre sélection parmi les titres proposés en exclusivité chez les disquaires indépendants. Au programme : Aretha Franklin, Prince, Al Green, Miles Davis, Meshell Ndegeocello, War, Donny Hathaway et bien d’autres.

Le 12 juin :

  • Al Green Give Me More Love (1-LP Fat Possum)
  • Donny Hathaway Donny Hathaway Live (2-LPs Atco)
  • Meshell Ndegeocello Peace Beyond Passion (2-LPs Run Out Groove)
  • Prince The Truth (1-LP purple Legacy)
  • War The Vinyl 1971-1975 (Coffret 5-LPs Rhino)
  • Amy Winehouse Remixes (2-LPs Universal)

Le 17 juillet :

  • Miles Davis Champion : Rare Miles From the Complete Jack Johnson Sessions (1-LP Legacy)
  • Aretha Franklin Oh Me Oh My : Aretha Live in Philly 1972 (2-LPs Atlantic)
  • Mayer Hawthorne Impressions (1-LP Stones Throw)
  • Jamiroquai Everybody’s Going to the Moon (Maxi 45-tours Legacy)
  • Ann Peebles This Is Ann Peebles (1-LP Fat Possum)
  • Candi Staton Troubles, Heartaches and Sadness (The Lost Fame Sessions Masters) (1-LP $tateside)
  • Donna Summer Bad Girls (2-LPs LMLR)

Bonne chasse !


Prince Jazz Mag une

Prince en couverture de Jazz Magazine n°736

Cinq ans après sa disparition en avril 2016, Prince est à l’honneur dans Jazz Magazine n°736 à l’occasion d’un “dossier royal”.

Au programme, un nouvel entretien avec le batteur Michael Bland, un sujet sur le side-project Madhouse, une sélection des meilleurs hommages jazz, un focus sur les concerts du New Morning et une “histoire orale” incluant des propos exclusifs (entre autres) de Bobby Z., Wendy Melvoin, Lisa Coleman, Dr. Fink, André Cymone,  Eric Leeds, Sheila E., Dez Dickerson, Pepé Willie, Mayte, Larry Graham et Nile Rodgers.

Jazz Magazine n°736 (avril 2021) disponible en kiosques à partir du 31 mars.

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Prince+Sheila+E

Sheila E. annonce un biopic sur sa vie avec Prince

Sheila E., ancienne batteuse et compagne de Prince dans les années 1980, vient d’annoncer la production d’un biopic relatant sa relation avec le musicien disparu en avril 2016.

Intitulé Girls & Boys, ce long-métrage “racontera la belle histoire de sa vie avec Prince“, comme indiqué sur la page Facebook de l’interprète de “The Glamorous Life“ et “A Love Bizarre“. A suivre..


Miles Disquaire day 2020

Miles Davis, Prince et Booker T. & The MGs pour le Disquaire Day

Samedi 24 octobre, la troisième et dernière étape d’un Disquaire Day 2020 chamboulé par la crise sanitaire proposera une nouvelle fournée d’édition vinyles collector.

Disponibles uniquement ce samedi, les parutions spéciales de Double Image: Rare Miles From the Complete Bitches Brew Sessions de Miles Davis, de la version double-LP Picture de Sign Of The Times de Prince et la version remasterisée de McLemore Avenue de Booker T. & The MGs seront au rendez-vous.

Liste complète des sorties à découvrir sur les sites du Disquaire Day et du Record Store Day.


Prince SOTT Deluxe cosmic

Dans les coulisses de “Sign of the Times Super Deluxe” avec l’archiviste Duane Tudahl

Archiviste du Prince Estate et auteur du livre Prince and the Purple Rain Era Studio Sessions: 1983 and 1984, Duane Tudahl a contribué à l’élaboration du coffret Sign of the Times Super Deluxe. Plongée au cœur du Vault en compagnie d’un fan passionné. 

FunkU: Commençons par les trois disques de matériel inédit du coffret Sign of the Times Super Deluxe. De quelles sources audio êtes-vous partis pour faire votre sélection ?

Duane Tudahl : Avant tout, il faut savoir qu’il faut un an pour élaborer un coffret de ce genre. Il faut retrouver les images, faire toutes les recherches, dénicher les titres inédits, imaginer le packaging, penser au mastering, à la fabrication etc. Nous avons donc commencé par rechercher les mixes que Prince avait réalisé lui-même, quelque que soit le support. Dans tout ce que nous faisons, la source principale doit toujours être Prince. Par exemple, « Soul Psychedelicide » est un titre qu’il avait édité et mixé. Il avait produit cette version de 12 minutes à partir d’une répétition de The Revolution, à la veille du dernier concert américain de la tournée Parade au Madison Square Garden de New York, et ce titre était resté sur une étagère du Vault. Un autre exemple : nous savions que d’autres mixes de « Can I Play With U ? » circulaient dans le cercle des collectionneurs, mais, sauf erreur, nous avons choisi le dernier mix en date car c’est celui que Prince aurait sans doute sélectionné…

Plus généralement, nous avons cherché le moyen d’inclure dans ce coffret des choses que les fans les plus aguerris ne connaissaient pas. Par exemple, « Rebirth of the Flesh » contient une fin légèrement plus longue est des paroles que nous n’avions pas entendues dans les versions qui circulaient. C’est toujours intéressant de découvrir le premières intentions d’une chanson. Dans le livret du coffret, on découvre de nombreuses paroles manuscrites et on fait parfois d’étonnantes découvertes. Par exemple, « Starfish and Coffee » s’intitulait au départ « Starfish and Pee-pee » (« Etoile de mer et pipi », ndr) ! Susannah Melvoin a raconté cette histoire, mais sur le manuscrit des paroles que nous avons retrouvé, Prince avait barré “Pee-Pee” à l’encre rouge et réécrit “Starfish and Coffee” par-dessus.  Prenez « Forever in My Life » : dans cette première version, on a l’impression d’entendre quelqu’un faire une déclaration à sa petite amie. On entend Prince 5QLPPR056presque sourire dans cette version, qui est très différente de celle qu’il produira un peu plus tard pour Sign of the Times. De la même manière, la version de « Crucial » présente dans ce coffret contient également les paroles originales de la chanson, qui ne sont pas celles de la version parue sur l’album Crystal Ball.

En tant que complétiste, j’ai envie d’entendre chaque note de musique enregistrée par Prince. Lorsqu’on trouve dans le Vault un titre qui diffère de ce qu’on connaissait déjà, c’est comme si on tombait sur une mine d’or. Quand on découvre quelque chose sur nouveau sur Prince, ce type d’informations procure un éclairage nouveau sur sa manière de travailler, et tout à coup, on a l’impression de se trouver seul dans le studio aux côtés du maestro, notamment lorsqu’il donne des instructions au groupe avant la prise de “Power Fantastic”, pour citer un exemple.

 

Dans cette sélection, on trouve des chansons inédites finalisées, mais aussi des titres joués live en studio et des répétitions en groupe, à l’image de « Soul Psychedelicide ». Pourquoi avoir opté pour ce mélange ? 

Nous avons choisi cette option car l’album Sign of the Times est conçu de cette manière. On y trouve des titres plus anciens qu’il avait sélectionné dans le Vault, comme par exemple « I Could Never Take the Place of Your Man » qui remontait à 1979, ou encore « It’s Gonnna Be a Beautiful Night », qui est une improvisation live que Prince a choisi d’inclure dans l’album final. Il avait écrit la chanson dans l’après-midi, lors d’un soundcheck et il a décidé de la jouer sur scène le soir-même pour le public parisien. En rentrant à Minneapolis, il a ajouté quelques overdubs. C’est ce genre de progression, d’étapes successives avant d’arriver au résultat final, que nous avons voulu illustrer dans les choix de ce coffret, et cette variété des sources rend aussi l’écoute plus intéressante.

 

Avez-vous respecté une quelconque chronologie en élaborant ces trois disques d’inédits ?

Oui, car l’idée était de raconter une histoire, et lorsqu’on écoute ces titres inédits dans l’ordre de leur enregistrement, on découvre cette histoire. C’est une histoire assez complexe, mais ces chansons racontent la vie de Prince à ce moment précis. Elles soulignent également l’importance de l’influence de Susannah Melvoin dans l’écriture de Sign of the Times… Il est aussi intéressant de découvrir que certaines chansons peuvent en nourrir d’autres, à l’image de « It’s Be’s Like That Sometimes », qui contient des éléments de « The Ball », ou encore « The Cocoa Boys » qui fait référence à « It’s Gonna Be a Beautiful Night » et “Positivity” sur Lovesexy… En découvrant ces titres, j’ai parfois l’impression de reconstituer un puzzle géant et c’est une expérience très fun !

 

L’an dernier, Michael Howe nous expliquait que le le contenu de 1999 Deluxe proposait la quasi-totalité du matériel inédit enregistré par Prince au cours de cette période. Celle de Sign of the Times étant particulièrement riche, vous avez certainement dû faire des choix.

Absolument. Pour commencer, le coffret Sign of the Times Super Deluxe contient 8 CDs et un DVD, ou 13 vinyles et un DVD. Il coûte très cher, mais il fallait que son prix reste tout de même accessible et que son contenu soit exhaustif en même temps, même si en tant que fan, j’aurais adoré posséder un coffret de 20-CDs ! Ces rééditions sont comme un livre qui raconterait la carrière de Prince chapitre par chapitre. Sign of the Times n’est qu’un chapitre de cette histoire. Il y aura d’autres chapitres, et si une chanson manque à l’appel dans une réédition, il y a de fortes chances pour qu’elle apparaisse dans un volume suivant. Par exemple, nous avons choisi de ne pas inclure certaines chansons composées pour d’autres artistes et elle finiront peut-être dans un prochain volume de la série Originals, qui sait ? Il y a 47 titres inédits dans ce coffret, et j’ai lu il n’y a pas longtemps que ce coffret contenait plus de musique que Jimi Hendrix avait sorti de son vivant, où que Michael Jackson n’en avait publié au cours des années 1980 ! J’adorerais vous parler l’année prochaine d’un nouveau projet – voire de nouveaux projets -, et même de vous en parler chaque année pendant les vingt prochaines années. Bien entendu, je ne peux pas vous révéler le contenu du prochain projet, mais le Prince Estate est en train de travailler sur quelque chose d’inattendu, d’étonnant, de profond et de très complet. Prince a enregistré tellement de musique, et je pense qu’on parlera encore de ces rééditions pendant les vingt ou trente années à venir, voire plus.

 

Parlons des titres qui n’ont pas été sélectionnés pour ce coffret. Par exemple, avez-vous trouvé d’autres versions alternatives des titres de l’album Sign of the Times ?

Dans mon souvenir, nous avons trouvé des versions piano de certains titres, mais elles étaient incomplètes et la qualité sonore n’était pas aussi satisfaisante que nous le souhaitions, et il fallait avant tout choisir des versions satisfaisantes de chaque chanson. Un autre exemple : « Slow Love » date de 1984, mais la version qui figure sur Sign of the Times est la même, avec simplement l’ajout des cordes de Clare Fisher. Il faut bien comprendre que le Vault est énorme, et qu’on peut parfois tomber sur une chanson inédite sans titre ou une version alternative cachée à la fin d’une bande 24-pistes, mais nous n’avons pas trouvé de version antérieure  de « Strange Relationship » par exemple. J’imagine que si nous la trouvons d’ici-là, elle figurera sur le coffret correspondant à la période en question. Et si nous l’avions trouvée, nous aurions eu quatre versions dans ce coffret : la démo originale, la version de Wendy & Lisa, celle de l’album et le mix de Shep Pettibone. Combien de fois peut-on entendre la même chanson dans un seul coffret ? Et quelle chanson aurions-nous dû retirer du tracklisting pour l’inclure ?

 

Pourquoi ne pas avoir choisi d’inclure des titres de cette période comme « Sexual Suicide », « Movie Star » ou « Last Heart » ? Ils sont déjà parus dans l’album Crystal Ball en 1998, mais ils auraient pu donner un panorama plus complet de cette période aux auditeurs. 

Justement, nous ne les avons pas mis car ils étaient déjà sortis ! Il y a 47 inédits dans ce coffret, il n’y avait donc pas des place pour des titres déjà disponibles. En tant que fan, je préfère découvrir des chansons que je ne connais pas à la place d’autres déjà entendues dans d’autres albums.

 

Vous avez pourtant choisi d’inclure la version 45-tours de « Crystal Ball », alors que d’autres mixes de la version intégrale de près de dix minutes circulent depuis des années.

Nous aurions pu le faire, c’est vrai, mais Prince avait réalisé lui-même cet edit en vue de le publier en 45-tours. Un jour, Prince s’est rendu au studio en redemandant comment il pourrait compresser ce titre épique sur un single. C’était sa décision pour que le morceau puisse passer en radio. C’est un peu comme si Freddie Mercury avait choisi de couper les 2/3 de « Bohemian Rhapsody »…

 

Au rayon des fantasmes, Prince a évoqué lors d’une de ses dernières interviews une version de 17 minutes de « Adore ». L’avez-vous trouvée dans le Vault ?

J’en ai entendu parler, mais nous ne l’avons pas trouvée. Nous sommes toujours à la recherche de certains Graal, des titres, des jams, des répétitions ou des concerts précis. Je pense à la version originale de « Wally », entre autres (voir également notre entretien avec Susan Rogers, ndr.). La reprise de « Bad » de Michael Jackson est également sur notre liste, même si elle n’aurait pas pu figurer dans ce coffret car l’album Bad est sorti après Sign of the Times. J’adorerais l’entendre. Si quelqu’un l’a, qu’il contacte l’Estate (rires) !

 

En plus de ces trois disques inédits, l’édition Super Deluxe de Sign of the Times contient l’enregistrement live du concert d’Utrecht, le 20 juin 1987. Pourquoi avoir choisi ce show ?

Nous l’avons choisi car il s’agit d’un enregistrement soundboard qui ne circulait pas chez les fans, et aussi parce que nous avons souhaité nous écarter le plus possible du contenu du film officiel Sign of the Times. C’est aussi un enregistrement brut, qui retranscrit fidèlement ce qui se passait sur scène ce soir-là. Il y a quelques erreurs, mais il n’y a aucun overdub et on ressent particulièrement l’énergie et la puissance de cette performance, que je trouve excellente, et le groupe était vraiment tight.

 

Enfin, ce coffret propose le DVD inédit du concert du 31 décembre 1987 à Paisley Park, avec une apparition de Miles Davis.

Ce concert circulait chez les collectionneurs, mais de manière incomplète dans une copie vidéo dégradée et en mono. Personne n’avait vu les 45 premières minutes de ce show. Nous sommes retournés vers les masters d’origine et nous avons découvert les rushes de toutes les caméras, avec des plans de Prince et des angles qui ne figuraient pas dans le montage qui circulait. J’ai été réalisateur, producteur et monteur d’émissions TV pendant 30 ans, et mon travail sur ce DVD a consisté à proposer la meilleure version possible de ce concert à partir des sources originales et en stéréo. Ce concert est aussi très intéressant d’un point de vue historique : il documente la toute dernière performance de la tournée Sign of the Times, des mois après les derniers shows de la tournée, tout en anticipant la tournée Lovesexy, dont il venait de commencer l’enregistrement. C’est un point de transition fascinant qui établit un pont entre son point de vue sur Sign of the Times et Lovesexy, qui commence à germer.

 

Depuis trois ans, nous finissons nos entretiens avec les archivistes du Prince Estate avec cette même question : l’inventaire du Vault est-il terminé ?

5QCDPR045Non, car nous parlons d’une carrière de 40 ans ! Prince pouvait enregistrer deux ou trois chansons par jour et il a donné des centaines de concerts, enregistré des vidéos et tourné plusieurs films au cours de sa vie. Il répétait également chaque jour pendant des heures et des heures, il a enregistré des albums qui ne sont jamais sortis, et a travaillé sur un grand nombre de chansons dont nous ignorons encore l’existence. L’exploration du Vault est un travail de titan et il faudra des années pour l’achever et essayer de tout comprendre. Prince a également bâti ce Vault pendant 40 ans, imaginez le temps qu’il faudra pour arriver au bout de cette histoire… Mais ceci fait également partie du bonheur, du plaisir et de la joie d’être un fan de Prince. Bob Dylan, les Beatles, les Monkees, les Beach Boys et Jimi Hendrix continuent de publier du matériel inédit. Hendrix est mort il y a 50 ans, et nous pouvons facilement imaginer que nous allons découvrir des titres inédits de Prince pendant les longues années à venir. Nos enfants, et même nos petits-enfants, entendront ces titres car Prince le mérite. Son héritage doit se prolonger aussi longtemps que possible, et notre mission consiste aussi à bâtir un pont vers les futures générations de fans de Prince. Prince était le meilleur. Personne n’a fait ce qu’il a fait, et plus personne ne le fera.

Une dernière question. Quand allez-vous signer un autre livre sur les séances d’enregistrement de Prince ?
Hier, j’ai rendu la première version du manuscrit de mon deuxième livre sur les séances studio de Prince et il devrait normalement sortir en mai 2021. Il couvre les années 1985 et 86, qui correspondent à la période allant de Parade à Sign of the Times. Si vous avez aimé le premier livre, vous allez aussi aimer celui-là car il contient des interviews avec 20 nouveaux intervenants qui étaient présents dans le studio avec lui. J’ai passé beaucoup de temps avec Wendy et Lisa, Susannah Melvoin, Susan Rogers et d’autres associés qui ne s’expriment que très rarement en public. Ce volume contient beaucoup plus d’informations, de dates et de détails. Il fera probablement plus de 500 pages, et c’est fou de se dire que ces 500 pages ne racontent que deux ans de la vie de Prince, mais c’est le témoignage de son ardeur au travail. De plus, de nombreux titres mentionnés dans ce livre sont désormais disponibles grâce à la sortie du coffret Sign O’ The Times Super Deluxe, et les lecteurs pourront ainsi les écouter en lisant le livre.

Propos recueillis par Christophe Geudin

Prince Sign of the Times Super Deluxe (Warner Records). Sortie le 25 septembre en éditions Super Deluxe (8CD+DVD / 13LP+DVD), Deluxe (3CD / 4LP 180-grammes) album remasterisé (2CD / 2LP 180-grammes couleur pêche) et versions digitales.


Prince Sott cover

“Sign of the Times” par l’ingénieure du son Susan Rogers

Témoin privilégiée des enregistrements mythiques de Prince, l’ingénieure du son Susan Rogers a participé à l’élaboration de Sign of the Times. Pour FunkU, elle se replonge dans le souvenir de l’élaboration d’un double chef-d’œuvre.

Funk★U : En réécoutant Sign of the Times, on se rend compte que l’album est extrêmement dépouillé, avec très peu d’orchestrations.
Susan Rogers : Sign of the Times était une période de transition pour Prince, qui était alors entre The Revolution et le groupe de Sheila E. Il n’était pas non plus en tournée à ce moment-là, et durant la période où nous avons travaillé ensemble, c’est le seul moment où il ne travaillait pas sur un film, ni sur la préparation d’une nouvelle tournée. Il avait donc beaucoup de temps pour enregistrer, et durant cette période de transition entre The Revolution et Sheila E., il devait enregistrer un album qui pourrait convenir à un nouveau type de groupe. Dans The Revolution, il y avait Wendy et Lisa, qui avaient suivi une formation classique et jazz, et qui avaient apporté un grand sens de l’harmonie dans sa musique. Le groupe de Sheila E. venait d’Oakland, dans la baie de San Francisco, et ils étaient nettement plus portés sur le funk. Durant l’enregistrement de Sign of the Times, Prince était conscient du type de chansons qui seraient le plus adaptées au style de Sheila E. et sur lesquelles elle pourrait l’accompagner, contrairement à celles qui convenaient mieux au style de The Revolution. Par conséquents, il enregistrait de nombreux titres funky et souvent minimalistes, à l’image de ceux qui allaient figurer dans The Black Album, mais en même temps, il enregistrait des chansons qui étaient purement du Prince, comme ” Sign of the Times “, la chanson-titre de l’album, ou encore ” Forever in My Life ” ou ” Hot Thing “, tous ces titres qu’il enregistrait seul dans son home-studio. Il avait également écrit de nombreux titres de Purple Rain de cette manière…
De plus, la construction de Paisley Park n’était pas encore terminée à ce moment précis, mais nous avions le meilleur home-studio possible depuis 1986. Il n’était pas très grand, il se trouvait dans sa maison, mais c’était presque un studio professionnel. Nous avions plus de matériel, et plus de temps pour travailler ses morceaux. Il était aussi extrêmement prolifique durant cette période, il écrivait tous les jours.

L’album est très dépouillé, mais le travail sur les voix est exceptionnel.
Oui, tout à fait. Prenez une chanson comme ” It ” et mettez-vous à sa place et imaginez-vous face du micro lors de sa prise vocale… Il avait toujours eu cette capacité, mais si on réécoute ses premiers albums, on se rend compte qu’il était encore en train de développer son falsetto. Il avait déjà cette tessiture, mais pas encore cette puissance, qui est venue au bout de quelques années d’expérience et de tournées. Pour ” If I Was Your Girlfriend “, il faisait ce que faisaient de nombreux producteurs à l’époque de l’enregistrement analogique en utilisant la technique de vari-speed. Il pouvait ralentir ou accélérer la vitesse de la bande pour changer le timbre de sa voix. Il avait découvert cette technique avant que je vienne travailler avec lui, en 1983. Il avait déjà utilisé ce procédé avec sa guitare sur ” Erotic City “, et nous nous en sommes aussi servis pour des parties de basse, ce qui marchait très bien, et sur la piste de batterie de ” U Got the Look “, qui était un titre très lent dans sa version originale. Il n’était pas satisfait de cette version, nous avons donc accéléré la bande et c’est la piste de batterie qu’on entend dans l’album. C’est pour cette raison que cette partie de batterie est très agressive et brillante.

Sign of the Times comprend aussi quelques-uns des plus grands titres soul de Prince, à l’image d’” Adore “…
Prince adorait les harmonies gospel et Il en parlait beaucoup en studio. Il aimait beaucoup les accords de 7ème et de 9ème. Il connaissait ses harmonies soul et R&B par cœur, et on l’entend très bien dans l’album Piano and a Microphone 1983. A travers ses doigts, on comprend qu’il connaît le jazz, le blues, mais aussi qu’il revient toujours à la pop, car Prince était un musicien pop qui possédait un bagage largement supérieur. Au moment de l’enregistrement de Sign of the Times, il écoutait beaucoup Hounds of Love de Kate Bush. Il aimait beaucoup True Blue de Madonna car Bernie Worrell jouait des claviers dessus. Pour son anniversaire, je lui avais offert une large sélection d’albums de Ray Charles car j’avais remarqué qu’il n’y faisait pas beaucoup référence.

SusanRogers_studio

Susan Rogers

Sign of the Times est aussi réputé pour ses incidents techniques lors de l’enregistrement.
Prince ne se souciait pas tellement de la perfection sonique. Notre rival, c’était Michael Jackson. Il était en Californie et il travaillait avec les meilleurs musiciens de séances de Los Angeles, il avait le meilleur ingénieur du son, Bruce Swedien, le meilleur producteur, Quincy Jones et le meilleur studio à Westlake Audio. Les albums de Prince étaient enregistrés dans le home-studio de sa propre maison et c’est la seule personne qui était à ses côtés, c’était moi. Prince ne s’intéressait pas beaucoup à la haute-fidélité, et il aimait ce côté cru, rough, à l’inverse des productions plus lisses de ses concurrents.

Dans le monde de Prince, un ingénieur du son devait travailler aussi vite que possible, rien ne comptait plus pour lui. Du coup, vous n’aviez pas vraiment le temps de vous lancer dans des expériences, il fallait préparer tous les réglages pour qu’il n’ait plus qu’à saisir ses instruments pour enregistrer sa chanson. Quand quelque chose ne fonctionnait pas, ce qui se passait souvent avec le matériel électronique, il était tellement obsédé par l’idée de continuer à créer qu’on ne pouvait pas l’arrêter. Il était vraiment contrarié à chaque fois qu’on interrompait son processus créatif. Il valait donc mieux lâcher prise et continuer en s’adaptant. C’est ce qui s’est passé sur ” The Ballad of Dorothy Parker ” par exemple : nous avions une nouvelle console, mais certains éléments de cette console n’étaient pas encore branchés, ce qui avait donné un aspect étouffé au son de la chanson. Mais Prince a aimé cet aspect, et nous n’avons pas retouché au titre. Dans ” Forever in My Life “, les chœurs ont été décalés involontairement lors du mixage, mais une fois encore, Prince a décidé de les conserver tels quels. Dans ” If I Was Your Girlfriend “, une piste de voix est légèrement saturée, et je grince des dents chaque fois que je la réécoute (rires). Je n’aime pas non plus le son de batterie de ” U Got the Look “, mais j’ai dû vivre avec.

Que pensez-vous de la nouvelle version remasterisée de l’album ?
Je n’ai pas réécouté l’ensemble de l’album, et je vais vous dire pourquoi : ces interviews me ramènent plus de trente ans en arrière et je dois me souvenir de la personne que j’étais à l’époque pour pouvoir m’exprimer sur cette période. C’est très difficile. J’entrais dans la trentaine, et je suis dans la soixantaine aujourd’hui. J’étais une débutante, et je suis maintenant une experte, j’enseigne à l’université et j’ai un doctorat. C’est très dur de réécouter tous ces titres aujourd’hui car ça m’éloigne beaucoup de qui je suis aujourd’hui… Dans les années 1980, on masterisait les albums pour le vinyle et il fallait contrôler les fréquences basses avec beaucoup de soin, car on risquait de faire sauter le diamant lorsqu’il passait sur le sillon. Bien sûr, il fallait faire aussi attention aux fréquences aigües et ce n’est plus le cas pour le streaming, où les aigus peuvent être plus aigus et les graves plus graves. De plus, je fais partie d’une génération qui a toujours été habituée au son du vinyle, et certains pourront se plaindre de déceler des différences entre ce nouveau mix et le mix d’origine. Mais se plaignent-ils car l’album ne sonne plus pareil, ou bien tout simplement car ils n’aiment pas le son. Chaque auditeur est différent, et chacun se fera sa propre opinion.

Vous souvenez-vous du cheminement des divers projets d’albums (The Dream Factory, Crystal Ball, Camille…) qui ont abouti à la création de Sign of the Times ?
Il faudrait être dans la tête de Prince pour pouvoir en parler. La plupart des artistes partent en tournée, puis rentrent chez eux pour écrire leur prochain album. Ils s’enferment pour écrire de nouvelles chansons, font appel à des musiciens pour faire des démos, puis à un producteur pour enregistrer l’album en studio. Ensuite, ils répètent les nouveaux titres avec un groupe puis repartent en tournée et ainsi de suite… Prince enregistrait tout le temps car il écrivait en permanence, ce qui signifiait que les projets d’albums pouvaient facilement se construire, ou bien s’écrouler très rapidement. Entre le départ de The Revolution et l’arrivée du groupe de Sheila E., son son avait évolué. Nous avions démarré The Dream Factory lorsque The Revolution était encore présent à ses côtés. Nous avions enregistré et mixé une série de titres, puis établi une séquence en vue d’un album. Prince aimait réécouter l’ensemble avant de prendre une décision. The Dream Factory était terminé, mais Il était clair que The Revolution n’allait pas durer, ce qui a précipité la fin de ce projet. Crystal Ball est arrivé ensuite, et Susannah Melvoin était une grande inspiration pour cet album. Après la séparation de The Revolution, Susannah était déchirée entre l’envie de retourner vivre à Los Angeles pour rejoindre sa sœur jumelle Wendy, ou rester à Minneapolis avec Prince. C’est ce qui a inspiré des chansons comme ” Big Tall Wall “, ” Crystal Ball “, ” Crucial “, ” Train ” ou encore ” Witness 4 the Prosecution “, autant de chansons décrivant les tensions dans leur relation. L’album Crystal Ball a finalement été refusé par Warner Brothers, qui ne voulait pas sortir de triple-album, puis Susannah est partie. Au final, ce départ a défini les chansons qui allaient terminer sur Sign of the Times.

Certains de vos titres préférés de Prince figurent dans les 3CDs de cette réédition Super Deluxe.
Absolument ! J’adore ” Witness 4 the Prosecution ” et ” Train ” qui est si funky. J’aurais aimé qu’il enregistre plus de titres de ce genre… J’aime aussi ” Crucial “, ” Big Tall Wall “, ” Crystal Ball “, qui est vraiment à part, et ” In A Large Room With No Light “. Je me souviens très clairement d’une version studio de cette chanson que nous avions enregistrée et mixée à Sunset Sound, et je ne comprends pas qu’elle ne figure pas dans ce coffret. C’est dommage, car c’est un grand titre. La version retenue est celle d’une répétition avec le groupe, car nous avions l’habitude d’enregistrer ces répétitions. De cette manière, il pouvait choisir sa version préférée. Ca ne voulait pas dire qu’il préférait ces versions en répétitions aux versions enregistrées en studio, mais qu’il essayait toutes les combinaisons possibles. Ces versions studio étaient comme un portrait peint, tandis que les versions en répétitions s’apparentaient plus à de grandes fresques murales. ” Strange Relationship ” en est un bon exemple. Nous l’avons enregistrée un nombre incalculable de fois, en studio, live, en répétitions jusqu’à ce qu’il en soit satisfait.

La version alternative de ” Power Fantastic (Live in Studio) ” est un autre grand moment de ce coffret.
” Power Fantastic ” est une chanson écrite par Lisa Coleman que j’avais enregistrée à Londres, aux studios Advision, avec Wendy & Lisa pendant que Prince tournait Under the Cherry Moon dans le Sud de la France. Il nous avait envoyé à Londres pour enregistrer quelques titres, dont ” Mountains “. Lisa a fait ensuite écouter ce morceau à Prince, qui a écrit les paroles et l’a finalement enregistré dans son home-studio, qui venait d’être tout juste terminé. Je n’oublierai jamais cet enregistrement : Wendy à la guitare et Lisa au piano étaient à l’étage. Bobby Z. et Brownmark étaient dans la cabine située à l’étage du dessous, respectivement à la batterie et à la basse, et Eric Leeds et Matt Blistan étaient aussi présents dans la pièce. Il n’y avait plus de place, ni de cabine libre pour Prince, qui était obligé de chanter sa partie vocale dans la salle de contrôle où se trouvait la console, et moi derrière. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas assez de casques disponibles car le studio venait tout juste d’être terminé, et il n’était pas conçu pour accueillir tout un groupe. Il était assez petit, et il n’y avait pas assez de casques pour tout le monde. J’ai dû laisser le dernier casque à Prince, et je ne pouvais donc pas écouter la musique pendant l’enregistrement. Nous étions juste tous les deux derrière la console, et rappelez-vous qu’il exigeait toujours que les ingénieurs du son quittent le studio lorsqu’il enregistrait ses prises de voix. Mais ce jour-là, il n’avait pas le choix. Il m’a demandé d’installer le micro dans le coin le plus reculé de la salle, et pendant la prise, le seul son que j’ai entendu était celui de sa voix, à quelques centimètres de moi. C’était un moment incroyable, magnifique et extraordinaire.

Parlez-nous de la version originale ” perdue ” de ” Wally “.
Au moment de l’enregistrement de Sign of the Times, Prince allait se marier avec Susannah Melvoin, la sœur jumelle de Wendy, mais ils ont fini par se séparer et c’était un moment très dur à vivre pour lui. Elle est partie vivre en Californie, et il était vraiment très triste durant cette période. J’ai pensé qu’il allait se mettre à écrire une chanson inspirée par cette rupture, une chanson où il raconterait ouvertement sa peine, mais il écrivait surtout des titres festifs comme ” Housequake ” ou ” Play in the Sunshine ” à ce moment-là… Un matin, il m’a appelé pour me demander de venir au studio. Sur place, il m’a demandé de sonoriser le piano et d’installer les micros pour la batterie. Il est ensuite passé d’instrument en instrument pour interpréter la version originale de ” Wally “. C’était tellement beau, et si extraordinaire. Sur le moment, ça m’a fait penser à Stevie Wonder. C’était une magnifique chanson de rupture qui faisait ressortir tout le chagrin qui était en lui. Il jouait sur le mot ” Melody “, qui sonnait comme ” Malady “, et le refrain faisait ” Oh malady doll, oh my malady. “ Pour moi, c’était la chose la plus belle, la plus vraie et la plus profonde qu’il avait jamais enregistrée. Dès la fin de l’enregistrement, il m’a demandé de faire un mix rapide pour en faire une cassette, puis il m’a dit : ” ouvre les 24 pistes et efface-les. “ On se trouvait des deux côtés du lecteur de bandes et je l’ai imploré de ne pas le faire. Je lui ai dit : ” On n’a pas dormi de la nuit, peut-être que tu devrais te reposer et la réécouter demain matin quand tu auras les idées plus claires. Ne fais pas ça, s’il te plaît. “ Il m’a répondu : ” Si tu ne veux pas le faire, c’est moi qui le ferai “ et il a saisi la télécommande et il a effacé toutes les pistes… Quelques jours plus tard, il l’a réenregistrée, mais l’intention de la chanson était complètement différente. C’était la même chanson, mais avec une attitude différente, et c’est la version qui se trouve sur ce coffret. En ce qui me concerne, je n’ai jamais réentendu la version originale, mais Prince avait gardé cette cassette, mais je ne sais pas ce qu’il en fait. Il l’a peut-être jetée, ou donnée à quelqu’un, ou même perdue…

On trouve aussi trois titres composés pour Bonnie Raitt dans cette sélection, ” I Need a Man “, ” Promise to Be True “, ” Jealous Girl (Version 2) ” et ” There’s Something I Like About Being Your Fool “. Quelle est l’origine de ces chansons ?
Quand j’ai rejoint Prince en 1983, ces chansons étaient destinées à Vanity 6. En 1985, Prince est parti faire des repérages dans le Sud de la France pour Under the Cherry Moon. Je suis restée avec Bonnie Raitt, et Prince m’avait donné une liste de chansons du Vault sur lesquelles elle devait chanter et jouer de la guitare. Nous avons enregistré des maquettes, et c’était un moment très agréable car Bonnie est une personne passionnante. Quand Prince est revenu, il a écouté les chansons que nous avions enregistrées, puis il a eu une longue conversation avec Bonnie. Il lui a dit : ” je peux te donner ces chansons, mais je n’aurai pas le temps de travailler dessus car j’ai beaucoup d’autres projets en ce moment. “ C’est la raison pour laquelle ces chansons ont été abandonnées.

Une des grandes découvertes de ce coffret est la version alternative de ” Forever in My Life “. Existe-t-il d’autres versions alternatives de titres de Sign of the Times dans le Vault ?
Oui, et je pense encore à ” U Got the Look “, mais nous avons enregistré la version qui figure sur l’album par-dessus la version originale qui était beaucoup plus lente et dont nous avions accéléré la partie de batterie. Peut-être qu’un mix existe quelque part… Au départ, c’était presque une ballade, mais Prince n’en était pas satisfait, alors qu’il aimait beaucoup la version finale. Je pense que les fans seront très contents de découvrir la version originale d’” I Could Never Take the Place of Your Man “. On l’a ressortie du Vault, nous l’avons un peu modernisée et je suis très heureuse qu’elle fasse partie de ce coffret. Les parties de guitare sont incroyables… Au-delà de ces considérations, j’espère que le public comprendra à l’écoute de ces titres à quel point Prince était créatif. En l’espace d’un an, il pouvait produire autant de chansons qu’un autre artiste en dix ans.

Pensez-vous que Prince était au sommet de sa carrière durant cette période ?
C’est difficile de répondre, car il faut prendre en compte toute sa carrière. Purple Rain définit le sommet de sa première période créative. Controversy et 1999 guident Prince vers la consécration de Purple Rain, puis Around the World in a Day et Parade conduisent vers un autre sommet qui est Sign of the Times. Mais pour moi, Dirty Mind reste un autre sommet incontournable. Cet album représente une révolution artistique pour Prince. C’était un pari très risqué. Ce n’est peut-être pas le meilleur album de sa carrière, mais pour moi, tout son génie y est déjà présent. C’est un modèle de construction de carrière pour un artiste, le genre d’audace qui peut faire de vous un artiste à part entière et j’espère que les futurs historiens de la musique souligneront l’importance de Dirty Mind dans la carrière de Prince.

Propos recueillis par Christophe Geudin

Prince Sign of the Times Super Deluxe (Warner Records). Sortie le 25 septembre en éditions Super Deluxe (8CD+DVD / 13LP+DVD), Deluxe (3CD / 4LP 180-grammes) album remasterisé (2CD / 2LP 180-grammes couleur pêche) et versions digitales.


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