Chroniques Film

“Michael”, biopic spectaculaire

Reporté à plusieurs reprises et porté par un budget colossal de 175 millions de dollars, le biopic Michael arrive – enfin – sur les écrans ce mercredi 22 avril. Pour camper le rôle du King of Pop : Jaafar, son neveu et fils de Jermaine, le tout premier leader du groupe familial The Jackson 5.

Michael est la nouvelle arme secrète de Lionsgate. Le célèbre studio mise gros. Il s’agit de faire oublier les récents flops et de ramener les adolescents et les familles dans les salles. En plus de la saga Wicked, Michael est le projet majeur lancé pour récupérer les faveurs du public, et la trésorerie correspondante. Le producteur Graham King, déjà en charge de Bohemian Rhapsody en 2018, a mobilisé les talents du réalisateur Antoine Fuqua pour porter à l’écran l’histoire de Michael Jackson. Et ce dernier était clair quant à son ambition première lorsqu’il a rejoint l’équipe : “Je veux montrer le bon et le moins bon, je veux tout étudier”. Sur le papier, l’idée est séduisante, même si déjà elle pose la question de la durée d’un tel projet censé présenter une vie aussi complexe.

Les mois passent, le tournage débute. Jaafar Jackson est finalement retenu pour interpréter son oncle. Il passe une audition et il réussit à convaincre l’équipe. Les danseurs qui ont travaillé avec le King of Pop l’aident et l’entrainent chaque jour. Michael est en préparation. Le script est ambitieux en explorant tous les aspects de la vie de Michael Jackson, sa carrière, mais aussi ses démêlés avec la justice. Mais Fuqua, King et la famille Jackson tombent sur un os : les avocats de la star “auraient oublié” la signature d’un accord entre MJ et la première famille qui l’accuse d’agression sur mineurs en 1993 : suite à un accord financier imposé par la compagnie d’assurance de Michael Jackson, aucune des deux parties n’a le droit de s’exprimer sur ce dossier dans la presse ou tout projet de fiction. Retour à la case départ, il faut réécrire le script et retourner des scènes. Dans le clan Jackson, les tensions montent. Paris, la fille de Michael Jackson, se désolidarise du projet, surtout lorsqu’elle constate que ses suggestions sont ignorées. Un bras de fer musclé oppose les pontes de Lionsgate aux ayants-droits de Michael Jackson, menés par John Branca. Le studio finit par gagner et impose à la succession de MJ – le fameux Estate – de prendre à sa charge les frais de tournages complémentaires.

Jaafar Jackson as Michael Jackson and Director Antoine Fuqua in Michael. Photo Credit: Glen Wilson/Lionsgate

Le film prévu en salle en avril 2025 est ainsi reporté à octobre 2025, puis au 22 avril 2026. This is it, on y est : Michael est prêt. Depuis des semaines, la rumeur court : ce film ne serait que le premier violet d’un diptyque, la suite étant déjà dans les tuyaux. Le studio possède des heures de rushes inexploités, de quoi nourrir (au moins) un autre long-métrage. Pourquoi pas ? Mais en avril 2026, c’est une trame bien précise qui nous est présentée : celle de la naissance de l’artiste solo qui s’affranchit de sa famille.

Pour qui voudrait comprendre le destin de Michael Jackson et de son clan, de leur arrivée chez Motown au succès de la dernière tournée des Jacksons, le Victory Tour de 1984, Michael ne répond pas à ces questions, contrairement à la mini-série de 1992 intitulée The Jacksons American Dream. Produite par la famille Jackson, elle possède un point commun avec Michael : la période couverte est la même. Les premières images de Michael montrent le Roi de la Pop dans les coulisses du BAD Tour en 1988, prêt à interpréter la chanson-titre du dernier album conçu avec Quincy Jones. Puis l’inévitable flashback nous ramène au début des années 1960, à l’époque où la famille Jackson vivait dans une modeste maison au 2300 Jackson Street. La suite va très vite : Diana Ross, marraine du groupe chez Motown, n’apparaît pas à l’écran, et on devine tout juste une Gladys Knight qui guide les cinq frères vers la route du succès. Berry Gordy est présenté comme un premier père de substitution, et un homme qui réussit à tenir tête au patriarche, Joe Jackson. Ce dernier, interprété de façon magistrale par Colman Domingo, est le second personnage principal du film. Il est décrit comme le père strict et abusif, tel que raconté par Michael et ses frères et sœurs. Mais il apparaît aussi comme un homme porté par sa rage de quitter la pauvreté de Gary (Indiana), et qui veut protéger sa progéniture autant que ses propres intérêts.

Colman Domingo as Joe Jackson in Michael. Photo Credit: Glen Wilson

Michael avance à grands pas et zappe le projet The Wiz, qui, pourtant, est l’une des premières opportunités qui permet à Michael Jackson d’échapper à l’autorité de son père. Dans une scène, il discute avec Quincy Jones dans un salon luxueux, sans expliquer la rencontre entre les deux hommes. Mais qu’importe, dirait Antoine Fuqua, l’enjeu est d’expliquer comment Michael Jackson forge son propre destin et parvient à s’émanciper de sa famille. C’est la seule histoire qu’il a décidé de raconter dans Michael.

Une fois l’oeil habitué à ce montage rapide, et tandis que la bande-son se transforme en une avalanche de titres, entre hits absolus et perles plus rares, on suit le destin du jeune Michael, qui, à plusieurs reprises, ronge son frein pour contenter les volontés du clan. Dans ce long-métrage, Michael Jackson apparaît très tôt comme un personnage solitaire, plongé dans son propre univers, incapable de nouer des relations normales avec les gens de son âge. Les relations avec son frère ne sont pas décrites en profondeur, mais on comprend au cours de quelques dialogues que Michael Jackson et les autres membres du groupe ne partagent ni les mêmes hobbies, ni la même vision du monde.

Maven. Photo Credit: Glen Wilson

Véritable fil rouge du film, la confrontation entre Joe et Michael Jackson constitue ses meilleures scènes, normalement celle où Joe interpelle son fils : “tu me vires, c’est donc ça ? Tu oublies ta famille, tu préfères t’entourer de béni-oui-oui qui ne veilleront pas sur tes intérêts ?”. Joe, dans un sens, n’a pas tort. Le film met d’ailleurs en lumière l’un des conseillers controversés de Michael Jackson, John Branca, qui aujourd’hui gère la fortune du chanteur. Michael Jackson encaisse les réflexions blessantes voire humiliantes, et reste de marbre lorsque Joe lui dit ses quatre vérités. Mais au fond de lui, le choix est déjà fait : il ne peut s’accomplir que s’il quitte le carcan familial.

Le grand final révèle comment Michael Jackson finit par voler de ses propres ailes devant les regards impuissants de ses frères et de son père. L’archive de ce moment précis existe bel et bien en vidéo. Elle a été filmée lors du dernier concert des Jacksons au Dodgers Stadium de Los Angeles, le 9 décembre 1984. Sur les mesures de « Shake Your Body », Michael annonce que le Victory Tour est la tournée d’adieu du groupe. Pour les besoins du film, Antoine Fuqua n’a pas pu reproduire cette scène en utilisant la même chanson : Randy Jackson, co-auteur de « Shake Your Body » et farouchement opposé au biopic, a décidé de bloquer l’utilisation de ce classique funk. Que ce soit sur grand écran ou dans la vraie vie, le monde des Jackson est décidément toujours rythmé par d’interminables conflits orchestrés par autant d’avocats que de dollars en jeu.

En conclusion, foncez voir ce film spectaculaire qui déploie un arc narratif s’appuyant sur une sélection de faits marquants de la vie de Michael Jackson. Pour une approche plus factuelle et historique, espérons qu’un documentaire de la trempe du Whitney de Kevin McDonald puisse voire le jour.

Richard Lecocq

Michael d’Antoine Fuqua, en salles le 22 avril (distribution : Lionsgate/Universal)

BONUS : Les chansons entendues dans le film 

    • Wanna Be Startin’ Somethin’ (Live At Wembley 1988)
    • Big Boy (Steeltown Version)
    • You’ve Changed
    • Stand!
    • Never Can Say Goodbye (Live At The Forum 1972)
    • I Want You Back (Studio Sessions Remix)
    • Who’s Lovin’ You
    • I Want You Back
    • ABC
    • I’ll Be There
    • Oh How Happy
    • I Can’t Help It (Instrumental)
    • Don’t Stop ‘Til You Get Enough
    • Don’t Stop ‘Til You Get Enough (Studio Sessions Remix)
    • Rockin’ Robin
    • We’ve Got A Good Thing Going
    • Dreamer
    • Doggin’ Around
    • Ben (Live In Triumph Tour 1981)
    • Wanna Be Startin’ Somethin’ (Studio Demo Remix)
    • Enjoy Yourself
    • Blame It On The Boogie
    • The Love You Save
    • Think Happy
    • Beat It
    • Human Nature
    • Thriller (Orchestral Intro)
    • Thriller
    • Billie Jean
    • Billie Jean (Pepsi Commercial)
    • Human Nature (Live At Wembley 1988)
    • Workin’ Day And Night (Live In Triumph Tour 1981)
    • Bad (Live At Wembley 1988)
    • I Want You Back / ABC (Live In Triumph Tour 1981)
    • I’ll Be There (Live In Triumph Tour 1981)
    • This Place Hotel (Live In Triumph Tour 1981)
    • Don’t Stop ‘Til You Get Enough