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Preview : “Laid Black”, le nouvel album de Marcus Miller

Trois ans après Afrodeezia, Marcus Miller sera de retour le 1er juin avec Laid Black, un nouvel album studio publié sur le label Blue Note Records.

“Avec Afrodeezia, j’ai énormément voyagé partout dans le monde”, explique le bassiste et porte-parole de l’UNESCO. “Pour ce nouvel album, j’ai pensé qu’il serait cool d’introduire dans le mix des influences de notre époque que j’ai l’habitude d’écouter.” Entre jazz-funk, R&B, soul, hip-hop et gospel, Laid Black aligne 9 titres tournés vers les horizons multiples du groove.

Parmi les temps forts de ce nouvel excellent cru introduit par une défenestrante version live de “Trip Trap” et ponctué par les respirations downtempo de “Sublimity (Bunny’s Dream)” et “Someone To Love”, on trouve une reprise du “Que Sera Sera”, le standard interprété par Doris Day revisité dans l’arrangement de Sly Stone et transfiguré par l’interprétation vocale surpuissante de Selah Sue - avec un clin d’oeil au “With a Lille Help From My Friends” de Joe Cocker. La chanteuse soul fait également partie d’un casting dans lequel figurent Trombone Shorty, présent sur l’instrumental supra-funky “7-T’s”, et l’ensemble vocal Take 6, accompagné des saxophonistes Kirk Whalum et Alex Han sur le grand final gospélisant de “Preacher’s Kid”.

Découvrez ci-dessous “Untamed”, le premier extrait de Laid Black. Marcus Miller en tournée française.


Tracklisting

  • 1/ Trip TrapMarcus Laid 2018
  • 2/ Que Sera Sera (feat. Selah Sue)
  • 3/ 7-T-s (feat. Trombone Shorty)
  • 4/ Sublimity (Bunny’s Dream)
  • 5/ Untamed (feat. Peculiar 3)
  • 6/ No Limit
  • 7/ Someone To Love
  • 8/ Keep’Em Running
  • 9/ Preacher’s Kid (feat. Take 6, Kirk Whalum & Alex Han)


Trombonne Shorty

Live Report : Trombone Shorty & Orleans Avenue (Festival Jazz à Sète 16/07/2017)

Rendez-vous est pris au Théâtre de la Mer à Sète, pour un concert de Trombone Shorty & Orleans Avenue. Il faut parfois faire des Kilomètres pour découvrir en live ces artistes aux rares tournées françaises, et dont la notoriété toute relative auprès du grand public limite les occasions. Mais en quelques secondes, la route est oubliée et une claque sonore vous happe : le groupe, Orleans Avenue, ouvre le concert sur “Backatown”, au rock très prononcé. Bien que son surnom lui ait été donné pour son remarquable talent de tromboniste dès son plus jeune âge, Troy “Trombone Shorty” entre en scène en brandissant une trompette d’une main, son trombone de l’autre, avant de prendre place derrière son micro pour finir de dresser (ou presque) le tableau de ce multi- instrumentiste de talent.

Ce qui frappe au premier abord, c’est l’absence d’uniformité dans le “style” des musiciens. Trois d’entre eux ont l’apparence bien ancrée dans les clichés des musiciens noirs de la Nouvelle-Orléans : le sax ténor BK Jackson, le bassiste Mike Bass-Bailey, et, bien sûr, notre super star Troy Andrews. Arrêtons-nous quelques instants sur le look du bassiste : collant résille au bras droit, basse à la taille minimaliste qui disparaît presque derrière ce personnage extraverti, lunettes de soleil, bandeau, bracelets… ; un pilier scénique, il n’y a pas de doute. Pour ce qui est des trois autres musiciens, on les sent de prime abord en contre-emploi. Le batteur semble tout droit sorti d’un groupe de rock, le guitariste aurait pu être le cinquième Beatle, et le saxophoniste baryton semble avoir abandonné pour quelques heures ses lignes de code. Preuve que les préjugés ont la vie dure ! À moins que ce ne soit un message volontaire envoyé autour du monde : la Nouvelle-Orléans est métissée, et le plaisir de jouer ensemble dépasse largement l’apparence ?

Trombonne ShortyCar l’osmose est là ! La combinaison de ces six musiciens donne un live détonnant. De la “fosse” du théâtre (sans doute peu habitué à voir son assemblée debout), le contact avec le groupe est immédiat. À peine à 30 centimètres de hauteur de scène séparent les plus danseurs des spectateurs. Ici, le son des cuivres est presque exclusivement acoustique. On y perd sans doute en équilibre général, mais on reçoit de pleine face une énergie surréaliste. Comment tiendront-ils un concert complet à ce rythme ? Et pourtant, les morceaux millimétrés s’enchaînent faisant la part belle aux improvisations, un “No Good Time” laissant un peu d’air dans ces rythmes soutenus. Les citations sont nombreuses (sans doute trop) mais permettent de fédérer le public autour d’airs bien connus. On se rassure de voir que le live efface la couche (clairement trop) pop du dernier album Parking Lot Symphony. Celles qui ont largement leur place, ce sont les références à la Nouvelle-Orléans, où les passages cuivres-batterie évoquent, sans équivoque, les Brass Band où Mike Bass-Bailey joue parfois le rôle du tuba.

JAZZ-A-SETELe show aux chorégraphies bien rodées s’achève bientôt, après un passage remarqué de Troy à la batterie : le plaisir de partager la musique de leur cœur est éclatant de sincérité. On ne doute pas une seconde de leur bonheur à parcourir les routes pour répandre la bonne musique. Heureusement, la chaleur s’échappe naturellement de ce théâtre de plein-air balayé par l’air marin. Et si cette ouverture vers la Méditerranée était un miroir de la
programmation de Jazz à Sète ?

Un festival qui pourrait s’enorgueillir de laisser autant de place à la découverte, en permettant par exemple aux toulousains de The Roach d’ouvrir ce concert, pendant près d’une heure trente. Une belle soirée qui laisse un sentiment de béatitude, après que Troy et son sax ténor aient fini un ultime rappel dans la foule au travers des gradins, à distribuer checks, hugs, et colliers de perles ; sans doute
pour que chacun reparte avec un bout de Nouvelle-Orléans chez lui.

Thomas Castex

 


Larry Graham + foule

Live Report : Larry Graham, Trombone Shorty & Juan Rozoff (Jazz à Vienne 08/07/2017)

“Dearly beloved, we are gathered here today to celebrate a man called Prince”. Juan Rozoff, premier invité de la traditionnelle soirée groove du Festival Jazz à Vienne, ouvre à la tombée du jour l’hommage au disparu du 21 avril 2016. En une heure chrono, le Fonktsar en grande forme déploie son impeccable métrique funk, extirpe de la poche de son ensemble léopard un nouveau titre, “Nasty Shit”, et n’oublie pas de respecter la feuille de route en insérant des extraits du fonds de catalogue Princier (“Crystal Ball”, “Rebirth of the Flesh”, “Data Bank”, “Girls and Boys”) dans son répertoire Viennois. Hot thing !

Juan Rozoff

Juan Rozoff

Trombonne Shorty

Trombone Shorty

 

La nuit tombe enfin quand Trombone Shorty ouvre son buffet all-inclusive soul/rock/hip-hop/funk. Autant athlétique que spectaculaire, l’envoyé spécial de La Nouvelle-Orléans confirme son statut grandissant d’incontournable scénique. Le tromboniste-trompettiste-batteur-chanteur et sa formation resserrée New Orleans Avenue servent un gumbo irrésistible relevé de savoureux instants de bravoure (dont un record du monde de triolets en apnée !) et complété de citations transgenres allant de James Brown et les Meters (“Ain’t No Use”) jusqu’au “Tom’s Diner” de Suzanne Vega. Contournant la thématique du jour, Troy Andrews élude toute allusion Princière et préfère conclure son généreux programme par une visite de la fosse lors d’une version herculéenne d’”Hurricane Season”.

Difficile, voir impossible de suivre un tel ouragan : passé une introduction biblique où Larry Graham tabasse l’ouverture de “Thank You For Talking To Me Africa” depuis les gradins gallo-romains, le set de Graham Central Station plonge les 7000 spectateurs du Théâtre antique dans la torpeur après le choix malvenu d’un “Tell Me What It Is” acoustique en septième position sur le carnet de bal. Malgré quelques rebonds (“The Jam”, “Thank You”), la performance finira par s’enliser dans les affres du tribute Minnéapolitain, malgré l’énergie déployée par Jeanne Added sur un medley “I Would Die 4 U/Baby I’m a Star” et un Marco Prince en mode touristique sur “Pop Life” et “Let’s Go Crazy”.  Six ans après avoir terrassé Bootsy Collins sur la même scène, Fighting Larry s’incline aux points devant Battling Shorty.

Marco Prince - FFF + Larry Graham

Marco Prince & Larry Graham

Setlist Larry Graham & Graham Central Station

  • Intro
  • Thank You For Talking To Me Africa
  • We’ve Been Waiting
  • It Ain’t No Fun To Me
  • It’s Alright
  • I Can’t Stand the Rain
  • Tell Me What It Is
  • I Would Die 4 U feat. Jeanne Added
  • Baby I’m a Star feat. Jeanne Added
  • Dance to the Music
  • The Jam
  • Thank You Fallentinme Be Mice Elf Agin
  • Pop Life feat. Marco Prince
  • Let’s Go Crazy feat. Marco Prince
  • Purple Rain
  • 1999/ I Want to Take You Higher


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Hommage à Prince le 8 juillet au Festival Jazz à Vienne

Le samedi 8 juillet, la 37ème édition du Festival Jazz à Vienne rendra hommage à Prince avec un plateau réunissant Larry Graham & Graham Central Station assistés de Marco Prince (FFF) et de la chanteuse Jeanne Added.

« Je vois cet hommage comme un juste retour des choses. Prince a longtemps repris ma musique sur scène, à moi de rejouer la sienne aujourd’hui », explique Larry Graham dans un entretien à paraître dans le nouveau numéro de Jazz Magazine. La tête d’affiche de cette soirée sera précédée sur scène par deux premières parties de choix : Juan Rozoff et Trombone Shorty & Orleans Avenue.

Plus tôt dans la journée, Prince sera également à l’honneur avec la projection à 16h30 du documentaire Mon Prince est parti de Thierry Guedj (2017). La projection sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur et ses producteurs Olivier Gal et Jean-Paul Brun animée par Frédéric Goaty (directeur de la rédaction de Jazz Magazine/Muziq).

Informations et réservations


Jjazz-a-vienne 2017

Larry Graham, Herbie Hancock, Keziah Jones et De La Soul à Jazz à Vienne 2017

Du 29 juin au 13 juillet, la 37ème édition du Festival Jazz à Vienne accueillera un plateau soul-funk-jazz de choix.

Herbie Hancock, Keziah Jones, Trombone Shorty, De La Soul, Lianne La Havas et Mary J. Blige sont les têtes d’affiche d’une édition marquée, entre autres, par une soirée-hommage à Prince le samedi 8 juillet en compagnie de Larry Graham & Graham Central Station, Juan Rozoff, Marco Prince (FFF) et Jeanne Added.

Programmation complète


Trombone Shorty 2017

Trombone Shorty de retour le 28 avril

Parking Lot Symphony, le nouvel album de Trombone Shorty attendu le 28 avril est aussi son premier pour le prestigieux label Blue Note.

Produit par Chris Seefried et comprenant des titres coécrits par Aloe Blacc et Alex Ebert, cet album comprend également des reprises des Meters (“Ain’t No Use”) et d’Allen Toussaint avec “Here Come The Girls”, le premier extrait de Parking Lot Symphony.

Découvrez ci-dessous “Here Come The Girls” et la bande-annonce de Parking Lot Symphony.


 


Dumstaphunk

Vidéo : Dumpstaphunk feat. Trombone Shorty “Justice”

Fondé en 2003 par Ivan Neville, fils d’Aaron Neville et neveu d’Art et Cyril Neville (Neville Brothers, The Meters), Dumpstaphunk est un quintet composé, entre autres, de deux bassistes et d’une section cuivres.

Véritable institution live à La Nouvelle-Orléans, le groupe vient de publier “Justice”, un single plaidoyer pour la justice, l’équité et l’égalité des chances au lendemain de la cérémonie d’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche : “Cette chanson est là pour rappeler aux gens que nous sommes tous impliqués, quelque soient nos croyances, notre race ou toute autre différence perceptible”, explique Ivan Neville au magazine Billboard.

Découvrez ci-dessus le clip militant de “Justice” featuring Trombone Shorty, en attendant la sortie du nouvel album de Dumpstaphunk et leur première venue en France.

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Mark Ronson “Nous sommes les enfants des musiques que nous aimons”

DJ, musicien, producteur et collectionneur, Mark Ronson publie ce jour son quatrième album Uptown Special. Le co-auteur du tube planétaire “Uptown Funk” en compagnie de Bruno Mars raconte à FunkU la genèse d’un projet casting impressionnant (dont Stevie Wonder, The Menahan Street Band, Willie Weeks et Teenie Hodges), les origines de sa passion pour le funk… Et comment Prince a failli le dénoncer à la police anti-bootlegs !

FunkU : Uptown Special, votre quatrième album, est le plus ouvertement funky de votre discographie.
Mark Ronson : Au départ, je n’avais pas vraiment l’intention d’enregistrer un album de funk. L’idée était de réaliser un album de dance music jouée live avec des musiciens. Toute la dance music qu’on aime, celle qui vient des années 1960 et 70, était jouée en direct par des instrumentistes. Je pense que de nos jours, les jeunes auditeurs ne savent plus comment sonne une vraie batterie, et à part « Get Lucky » de Daft Punk, je ne vois pas d’autre hit récent dans cette catégorie interprété de manière organique. C’était un peu le challenge d’Uptown Special, et c’est lorsque Jeff Bhasker est arrivé que nous nous sommes embarqués dans une nouvelle direction. Jeff a produit Kanye West et Alicia Keys, mais il est aussi un pianiste jazz qui a également étudié James Brown. Il a joué avec Tavares et dans Lettuce, un excellent groupe de funk New-yorkais.

Le casting de cet album est impressionnant. On trouve Stevie Wonder, Trombone Shorty, the Menahan Street Band et d’illustres sessionmen comme Willie Weeks, Steve Jordan, Carlos Alomar…
Les gens du label Truth and Soul et du Menahan Street Band ne sont jamais très loin lorsque j’enregistre un disque. Je pense sincèrement que Thomas Brenneck est le plus grand guitariste de sa génération. Lorsque je commence à travailler sur un nouvel album, je compose une liste de musiciens après avoir imaginé le type de son pour tel ou tel titre. Carlos Alomar faisait partie de cette liste car son pedigree funk est assez incroyable : il a joué avec James Brown et bien sûr, on lui doit des titres comme « Fame » ou « Golden Years » pour David Bowie. Lorsque Bowie enregistrait avec Brian Eno au milieu des années 1970, ils étaient constamment à la recherche de sonorités étranges et inédites, et Carlos était capable de créer toutes ces textures. L’année dernière, la BBC a diffusé un documentaire intitulé Five Years et on voyait Carlos décomposer les trois riffs de guitare de « Fame ». Je me suis dit « wow, le groove de ce type est toujours aussi dingue ». Je l’ai donc appelé, et son apport à Uptown Special a été immense. En plus de ses parties de guitare, nous avons recrée notre propre version cheap du Mu-Tron de Bootsy Collins sur certains titres et c’était très fun.

Vous avez également enregistré aux Royal Studios de Memphis avec Teenie Hodges, le légendaire guitariste d’Hi Records disparu l’an dernier.
Pendant l’enregistrement, nous avons effectué un road-trip dans le sud des États-Unis. Je suis tombé amoureux de Memphis, et nous avons eu la chance d’enregistrer aux Royal Studios de Willie Mitchell, là où avaient été produits les plus grands albums d’Al Green et de Hi Records. Les musiciens qui ont participé à ces enregistrements ont l’habitude de traîner dans le studio. Teenie Hodges, le grand guitariste des séances Hi, nous racontait des tas d’histoires passionnantes sur son travail avec Al Green et Syl Johnson, et le dernier jour de l’enregistrement, je me suis dit « mais quel idiot ! J’ai Teenie Hodges devant moi et je ne lui ai pas encore demandé de jouer sur mon album ! » (rires). L’idée n’était pas de reproduire le son d’Hi Records, mais de capturer la vibration historique de Memphis et du studio de Willie Mitchell.

Comment Stevie Wonder s’est-il retrouvé dans Uptown Special ?
C’était complètement surréaliste.J’ai écrit la mélodie d’« Uptown First Finale », qui est un instrumental d’une minute 30 et j’entendais clairement l’harmonica de Stevie Wonder. J’ai donc envoyé l’instrumental à son manager en me demandant si Stevie allait l’apprécier, et pourquoi pas faire quelque chose dessus. Le jour où ils m’ont renvoyé l’instrumental, je n’ai pas osé l’écouter tout de suite. J’ai attendu une demi-heure avant de me décider, car j’étais trop ému. Ensuite, j’ai dû me le repasser en boucle au moins une centaine de fois (rires) ! Je ne réalise toujours pas que Stevie Wonder joue sur mon album, et pas seulement parce qu’il s’agit de Stevie Wonder, mais aussi à cause de son timbre, de sa mélodie et parce que j’ai l’impression d’entendre sa voix au travers de son harmonica chromatique, un des instruments les plus difficiles à faire bien sonner.

Mark+Ronson+Brunos+Mars

Mark Ronson et Bruno Mars pendant l’enregistrement d’Uptown Special

Quelle est la genèse d’« Uptown Funk », votre duo avec Bruno Mars que beaucoup décrivent comme un mash-up entre Zapp et The Time ?
Bruno a grandi à Hawaï et sur la côte ouest des États-Unis, il a été exposé à ces sonorités comme moi j’ai pu l’être au travers des samples du hip-hop. Bien sûr, j’adore Roger Troutman et j’avais l’habitude de passer « Jungle Love » dans mes sets DJ,même si je dois admettre que je ne connais pas la discographie de The Time si bien que ça. Lorsque nous avons composé « Uptown Funk », on ne s’est pas dits « essayons de créer un mash-up de tels ou tels groupes ». Nous sommes les enfants des musiques que nous aimons. On combine toutes de sortes de sonique nous apprécions, des licks de guitare, des motifs de batterie, de claviers…

Contre toute attente, « Uptown Funk »est un hit mondial et le titre le plus streamé de tous les temps au Royaume-Uni. Êtes-vous étonné par ce succès ?
Souvent, les artistes ou des groupes racontent avoir composé en trois minutes une chanson qu’ils détestent et qui est devenue leur plus grand succès. C’est tout le contraire pour « Uptown Funk ». Nous avons travaillé plusieurs mois sur ce titre. Certains éléments de la chanson ont nécessité entre cinquante et soixante prises. J’en ai même été malade physiquement (rires) ! Tout est parti d’un jam avec Bruno Mars à la batterie, Jamaero Artis à la basse, Jeff Bhasker aux claviers et moi à la guitare. Le succès de cette chanson est incroyable alors que son point de départ était juste un hommage à la musique qu’on aime. Le fait que Bruno, qui est un authentique fan de cette musique, y ait contribué est sans doute une opportunité pour la populariser auprès d’un nouveau public. De mon côté, ce succès n’a pas changé grand chose pour moi. La semaine dernière, mon manager m’a appelé pour m’annoncer qu’« Uptown Funk » était numéro un aux États-Unis. J’ai trouvé ça dingue, mais j’ai dû raccrocher car j’étais en train de finir de préparer le dîner (rires) !

Allez-vous tourner après la sortie d’Uptown Special ?
J’adore la scène, et la tournée qui a suivi la sortie de Version en 2007 fait partie de mes pus grands souvenirs. Je suis DJ et producteur, mais rien ne remplace la scène. Je ne sais pas encore si Uptown Special sera suivi par une tournée. Si c’est le cas, il faudra créer quelque chose de vraiment spécial, car, par exemple, je ne pourrai pas inviter Bruno Mars chaque soir.

À quand remonte votre découverte du funk ?
Lorsque j’étais enfant, mn père écoutait les albums de Graham Central Station et d’Ernie K-Doe à la maison. J’ai eu ma première guitare à dix ans. À l’époque, tous les kids voulaient jouer « Jump » de Van Halen ou du Jimi Hendrix. Moi, j’avais choisi « Cut the Cake » de The Average White Band ! Des années plus tard, Zigaboo Modeliste des Meters a joué à mon mariage… Mon premier coup de coeur était « The Reflex » de Duran Duran quand j’avais quatre ans, surtout à cause de la guitare de Nile Rodgers. Je connais Nile depuis que j’ai sept ans, car c’est un vieil ami de mon beau-père (Mick Jones, guitariste de Foreigner, ndr). Nous avons collaboré tous les deux sur un album de Duran Duran en 2010 et en fin d’année dernière, Nile m’a fait écouter les nouveaux titres de Chic dans son studio. Comment ça sonne ? Comme du Chic classique ! Vous allez adorer si vous êtes fans.

Vous avez également rencontré Prince il y a quelques années…
Oui ! Une histoire amusante : il y a une dizaine d’années, j’étais DJ dans un club New-yorkais. Au cours de la soirée, on vient m’annoncer que Prince est dans le club. Là, je me dis « il faut que je le fasse réagir en passant un titre qui tue ». Je pose alors sur la platine un disque rare de Sangre Nueva, un groupe du label Fania, et je choisis un titre latino/funk qui contient un breakbeat démentiel. Bingo, Prince arrive quelques minutes dans la cabine avec deux gardes du corps. Il me demande comment je m’appelle et nous discutons un peu. Pendant ce temps, je passe un vinyle de Stevie Wonder, une version pirate d’un test-pressing de « All I Do ». À l’époque, Prince était engagé dans une campagne anti-bootlegs et il me dit (prenant une voix aiguë) « Quoi ? Tu passes un pirate de Stevie ! Attends, je l’appelle pour lui dire qu’un type est en train de passer un bootleg dans un club new-yorkais », puis il sort son téléphone et se met à composer un numéro. J’ai un peu paniqué en lui expliquant que ce disque m’appartenait, mais j’ai vite compris qu’il me mettait en boîte.

Propos recueillis par Christophe Geudin

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Mark Ronson Uptown Special (Columbia/Sony Music). Disponible en CD, LP et version digitale.


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Mark Ronson “Uptown Special”

Producteur, musicien, DJ et collectionneur, Mark Ronson fait partie des entremetteurs de “l’industrie” aux connexions étendues, de Paul McCartney aux Dap-Kings en passant par Nikka Costa, Macy Gray et Amy Winehouse. Réalisateur phare de Back To Black en 2006 et auteur de nombreux remixes remarqués pour (entre autres) Bob Dylan et Adele, le music-lover britannique a toujours su glisser une tranche de funk dans une discographie placée sous le signe des collaborations électro-chics.

Uptown Spécial, son quatrième album solo produit par Jeff Bhasker (Kanye West, Drake, Alicia Keys), ne se contente plus d’effleurer le genre. Il l’embrasse ouvertement en s’appuyant sur les grooves perpétuels de ses glorieux aînés. Et quoi de mieux que de rendre en hommage à un genre musical en s’entourant d’un aréopage de ses fiers artisans ? Si « Uptown Funk », jam imaginaire entre Roger Troutman et The Time et titre le plus streamé de tous les temps au Royaume-Unis avec plus de 4,5 millions d’écoute, valorise Bruno Mars, un coup d’oeil dans le livret de l’album signale la présence de Stevie Wonder, du légendaire Willie Weeks à la basse, du batteur Steve Jordan, du guitariste Carlos Alomar (directeur musical des grandes années soul-pop de David Bowie), de Trombone Shorty, des membres du Menahan Street Band -dont Thomas Brenneck et Neil Sugarman- et du regretté Teenie Hodges, guitariste des sessions historiques d’Hi Records. Real music by real musicians, et un casting à faire pâlir sous leur casque les Daft Punk pour un résultat aux ambitions autres.

Contrairement à Random Access Memory qui s’acharnait à reproduire le plus fidèlement les sonorités pré-boogie des late-70’s, Uptown Special préfère célébrer l’idiome funk en abordant sa façade pop et mélodique tout en l’inscrivant dans le présent. Si une poignée de titres, dont « Uptown Funk » en tête et « I Can’t Lose », interprété par Keyone Starr, radieuse chanteuse gospel 23 ans, respectent l’axe Linn Drum/Moog, la majorité des 11 plages divergent entre les rives ensoleillées du groove West Coast à l’aide de Kevin Parker (le chanteur à réverbe de Tame Impala) et le psychédélisme le plus sombre (« Crack in the Pearl » featuring Andrew Wyatt). Solide hybride hip-hop/funk, « Feel Right » organise la rencontre du flow abrasif du rappeur Mystikal, des cuivres de Trombone Shorty et de la section rythmique du Menahan Street Band. Malin et finement exécuté, « In Case of Fire » propose une bondissante mise à jour des uptempos Wonderiens. Stevie Wonder himself est invité sur le court instrumental d’ouverture « Uptown’s First Finale » (clin d’oeil !) et souffle également dans son harmonica diatonique  sur l’ascension finale de « Crack in the Pearl, Pt. II », conclusion d’un album qui, s’il ne devrait pas toucher les funkateers les plus endurcis, constitue un séduisant exercice pop/funk entre tradition et modernité.

Jacques Trémolin

Mark Ronson Uptown Special *** (Columbia/Sony Music). Disponible en CD, LP et version digitale le 12 janvier.




Mark+Ronson+Bruno+Mars

Mark Ronson pulvérise le record de streamings aux Royaume-Uni avec “Uptown Funk”

En tête des charts singles en Grande-Bretagne avec “Uptown Funk”, son duo old-school avec Bruno Mars, Mark Ronson vient de pulvériser le record britannique de diffusion en streaming avec près de 2 millions et demi d’écoutes. Uptown Special, l’album -que nous avons écouté et dont nous vous reparlerons très prochainement- paraîtra le 12 janvier. Et si ce n’est pas déjà fait, redécouvrez ci-dessus le hit funky de cet hiver, featuring le légendaire Carlos Alomar à la guitare et l’indispensable Trombone Shorty aux cuivres !


Trombone+Shorty+2013

Vidéo : Trombone Shorty “Fire & Brimstone” en live à Coachella

Dimanche dernier, Trombone Shorty et son Orleans Avenue étaient à l’affiche du festival Coachella en Californie. Revivez leur performance de “Fire & Brimstone” dans la vidéo ci-dessus.


Vidéo : Trombone Shorty “Fire & Brimstone” en live chez Conan

Hier soir, Trombone Shorty était sur le plateau de Conan pour défendre son dernier opus Say That to Say This. Le tromboniste a interprété une version musclée de son dernier single “Fire and Brimstone” en compagnie de son groupe Orleans Avenue. Revivez sa performance dans la vidéo ci-dessus.


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