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Dans les coulisses de 1999 Deluxe avec l’archiviste Michael Howe

Dans le deuxième entretien dédié à la réédition Super Deluxe de 1999, Michael Howe, l’archiviste de Warner Bros et du Prince Estate, raconte par le menu l’élaboration de la plus généreuse réédition Princière parue à ce jour.

★★★★★★★

Funk★U : le coffret 1999 Super Deluxe de Prince offre 5 CDs et un DVD. Il semble que vous passez à la vitesse supérieure avec ce projet.
Michael Howe : C’est le cas, et cela nous semble tout à fait justifié dans la mesure où l’album 1999 est un tournant important dans la carrière de Prince. Ce disque marque à la fois le début de son statut de superstar et un pic créatif qui se concrétise par une grande quantité de matériel inédit. Par conséquents, travailler sur cette période et présenter ce coffret a été une expérience très satisfaisante.

Avant d’aborder les titres inédits de ce coffret, comment avez-vous abordé la remasterisation de l’album original 1999 ?
Nous avons fait appel à Bernie Grundman, qui a été un de principaux ingénieurs de mastering de Prince de son vivant, et nous somme partis des bandes analogiques 1/2 pouces d’origine que nous avons transférées directement en 24-bit. En résumé, il s’agit tout simplement d’un nouveau transfert digital réalisé à partir du master créé en 1982.

L’édition Super Deluxe de 1999 contient deux CDs rempli de titres inédits issus du Vault. De quelle manière avez-vous opéré cette sélection ?1999 cover
Nous avons commencé par établir une liste de tous les titres disponibles de novembre 1981, c’est-à-dire juste après la sortie de Controversy, jusqu’à avril 1983, qui correspond à la fin de la tournée 1999. Nous avons ensuite éliminé les titres que Prince avait donné à d’autres artistes comme Vanity 6 ou The Time, puis ceux que Prince avait commencé à travailler sous une forme brute sans les terminer par la suite. À partir de là, nous avons abouti à l’élaboration de ces deux CDs qui résument cette période globale.

Vous proposez donc un panorama quasi-complet du matériel inédit lié à 1999. Allez-vous continuer à choisir cette option pour les prochaines rééditions Deluxe des albums de Prince ?
Oui, nous allons procéder de cette manière et nous travaillons actuellement sur plusieurs projets qui, j’en suis sûr, devraient pleinement satisfaire les fans.

À l’intérieur de cette sélection, vous avez dû donc choisir des prises spécifiques de ces titres. Quels ont été vos critères ?
Cette sélection comprend majoritairement des titres finalisés et des rough mixes réalisés par Prince en vue, parfois, d’une sortie potentielle. Nous n’avons pris aucune liberté créative au sujet de ces mixes. Par exemples, nous sommes partis des mixes figurant sur les cassettes ou les bandes 1/2 pouces retrouvées dans le Vault avant de les transférer en digital. Ce que vous entendez respecte les intentions de Prince, la seule différence est une amélioration de l’intégrité sonore avec une qualité largement supérieure à ce que peut offrir le support cassette.

Avez-vous procédé à de quelconques retraits de piste sur certains titres ? Par exemple « Vagina » ne comporte pas de batterie, juste quelques claps.
Absolument pas. Cette version de « Vagina » est bien celle qui figurait sur la cassette d’origine. On ne sait pas s’il voulait la donner à un autre artiste, mais il n’y avait pratiquement que sa guitare et sa voix et ce titre démontre à quel point la musique de Prince peut être aussi expressive dans cette configuration minimaliste.

D’autres titres, comme « Bold Generation » ou « I Can’t Stop This Feeling I’ve Got » sonnent plutôt comme des répétitions en groupe.
Tout à fait, et « Bold Generation » est le seul titre de cette sélection issu d’une cassette car la bande 1/2 pouces était tellement endommagée qu’elle était devenue inutilisable. Elle était partiellement effacée et Prince avait ré-enregistré « New Power Generation » par-dessus. « Bold Generation » devait être initialement enregistrée par The Time. Nous savions que cette chanson existait quelque part dans le Vault et nous sommes très heureux de pouvoir la présenter aujourd’hui. « International Lover », dont nous publions la première prise, a été enregistrée avec Morris Day à la batterie. Elle était également prévue pour The Time. Bien sûr, Prince l’a finalement conservée pour 1999 après l’avoir réécoutée, mais c’est un autre exemple de titre où figure un autre musicien à ses côtés.

Le coffret contient également la deuxième prise de « How Come U Don’t Call Me Anymore ». Combien y-en avait-il dans la Vault ?
Nous n’avons trouvé que ces deux prises, la première parue à l’époque, et cette deuxième prise dont nous ne soupçonnions pas l’existence. Nous l’avons simplement découverte lors du transfert du master 1/2 pouces de la chanson. Peggy McCreary l’avait évoqué dans ses interviews, mais elle n’était pas référencée dans le Vault et c’était une autre très belle découverte. Cette version fait partie de mes titres préférés du coffret. Vers la fin de la prise, on entend Prince retenir ses larmes et c’est un moment très émouvant…

Depuis l’annonce de la sortie de ce coffret certains fans déplorent l’absence de la chanson « Extraloveable ». Pourquoi n’est-elle pas présente dans ce coffret ?
« Extraloveable » et « Lust U Always » sont les deux chansons que nous avons décidé de ne pas inclure dans ce coffret car elles font référence au viol (« I’m on the verge of rape » – je suis à la limite du viol dans « Extraloveable », ndr.). Au vu du climat actuel, il aurait été déraisonnable de les publier et le Prince Estate n’était pas à l’aise avec ça. Il n’était pas question non plus d’éditer ces titres et de les dénaturer. C’est malheureux, mais ceux qui veulent entendre ces chansons savent où aller.

Parlons maintenant du CD live enregistré au Masonic Temple de Détroit le 30 novembre 1982. Il s’agit du premier album live officiel post-mortem de Prince et sa qualité sonore est incroyable. Quelle a été votre source ?
Nous sommes partis des bandes multipistes du concert et David Z., qui était à la console lors cette tournée, l’a mixé. À l’époque, Warner Bros. avait enregistré trois concerts de la tournée de manière professionnelle. Le soir du 30 novembre, Prince a donné deux concerts au Masonic Temple. Le premier circule en bootleg depuis des années, mais le deuxième donné à minuit était complètement inédit. C’était donc une aubaine de bénéficier d’une telle qualité de son pour un concert que les fans n’avaient jamais entendu.

Y-a-t-il d’autres concerts enregistrés en multipistes dans le Vault de Prince ?
Oui, il existe bien plusieurs concerts capturés de cette manière.

Le coffret 1999 Super Deluxe contient également un DVD filmé au Summit de Houston le 29 décembre 1982. Pourquoi avoir choisi précisément ce concert ?
Nous l’avons choisi car c’était le seul show de cette tournée filmé par plusieurs caméras. Prince avait l’habitude de filmer ses concerts avec une seule caméra qui ne filmait généralement qu’une vue d’ensemble de la scène et quelques gros plans. Le Summit de Houston utilisait le système Jumbotron pour filmer ses concerts en circuit fermé et les diffuser sur grand écran. Ce que vous voyez dans le DVD correspond donc à ce qui avait été diffusé sur les écrans de la salle, et le son est issu directement de la console vidéo, qui possédait son propre système audio. Bien entendu, la qualité de ce DVD n’est pas optimale, mais il nous a semblé important d’accompagner ce coffret d’un élément visuel représentant la période 1999. À un moment, nous avions pensé inclure un CD de répétitions de la tournée dans ce coffret, mais nous avons finalement préféré choisir cette option.

Une dernière question : vous travaillez maintenant depuis près de trois ans en tant qu’archiviste du Vault. Son inventaire est-il enfin achevé ?
Non, toujours pas. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir mais je ne m’en plains pas car il s’agit d’une formidable aventure artistique.

Propos recueillis par Christophe Geudin

Prince 1999 Super Deluxe (Rhino/Warner). Coffrets 5 CD + DVD, 10 LPs+DVD et versions digitales disponibles le 29 novembre.

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Prince Originals 1981

Michael Howe : « J’ai passé en revue 262 titres du Vault pour Prince : Originals »

Attendu en juin, Originals contient 15 titres enregistrés par Prince pour ses collaborateurs les plus proches (The Time, Jill Jones, Sheila E….). Dans le premier épisode d’une série d’interviews à paraître sur www.funku.fr, Michael Howe, l’archiviste du Prince Estate, revient sur la conception de cet album et nous plonge dans le Vault de Prince.

★★★★★★★

Funk★U : Nous avions évoqué ensemble l’an dernier l’album Piano & Microphone et votre travail d’archiviste à l’intérieur du fameux Vault de Prince. Comment les choses ont-elles évolué depuis ?
Michael Howe : Nous avons archivé beaucoup plus de matériel depuis notre dernière conversation. Nous avons aussi passé beaucoup de temps sur la digitalisation, la préservation et l’organisation du contenu du Vault. Pour résumer, nous avons fait des progrès exceptionnels d’un point de vue quantitatif.

Originals réunit 15 titres enregistrés par Prince pour d’autres artistes. Quel est le point de départ de ce projet ?
Après avoir publié « Nothing Compares 2 U » en single l’an dernier, nous avons décidé de conserver l’esprit de cette parution en rendant hommage au travail de Prince effectué dans l’ombre pour d’autres artistes. Prince mettait son écriture, ses qualités de producteur et, plus généralement, ses capacités de musicien de studio au service d’autres artistes, et c’est cette facette de son talent que nous voulions mettre en avant.

De quelle manière avez-vous sélectionné les titres d’Originals ?
J’ai tout d’abord élaboré une première liste de chansons sur lesquelles Prince était impliqué en tant que songwriter, instrumentiste, arrangeur ou producteur pour d’autres artistes. J’ai passé en revue environ 262 titres du Vault pour aboutir aux 15 présents dans Originals.

Quel est votre titre préféré dans cette sélection ?
« Baby You’re A Trip ». D’un point de vue personnel, je considère que cette chanson contient tout ce que j’aime chez Prince. La performance vocale est exceptionnelle, la chanson est superbement construite, la mélodie est magnifique et l’implication de Jill Jones est formidable, car elle fournit un contrepoint intéressant à la voix de Prince… Bref, cette chanson possède tous ces éléments qui font de Prince un si grand artiste.

Quels étaient les choix de Troy Carter, le représentant du Prince Estate, et ceux de Jay-Z, le président de Tidal ?
Je crois que Jay-Z a insisté pour inclure « Love Thy Will Be Done » dans cette sélection. Je me souviens qu’il était aussi très enthousiaste à l’idée d’avoir « Jungle Love » de The Time dans cet album… Dans l’ensemble, je crois que Troy Carter et Jay-Z ont fait confiance à mon jugement et notre collaboration a été très facile, nous avons vraiment travaillé la main dans la main.

Sur quels supports étaient stockés ces titres ?
La plupart étaient disponibles sur des bandes analogiques 1/2 pouces et il s’agissait la plupart du temps de rough mixes. D’autres figuraient sur des cassettes, mais certaines d’entre elles n’étaient pas d’assez bonne qualité d’un point de vue sonore. Nous avons donc réalisé un nouveau mix sur des bandes multipistes en nous basant sur les spécifications de la cassette. Au final, l’auditeur peut donc entendre ce qui figurait sur ces cassettes avec un son optimal.

Avez-vous procédé à un quelconque editing sur ces titres ?
Non, et c’est même le contraire dans le cas de « Baby You’re A Trip » , la version qui circulait en bootleg depuis des années n’était pas complète, contrairement à celle qu’on entend dans Originals.

À l’écoute d’Originals, on constate que certains titres sonnent mieux que leurs versions parues officiellement à l’époque.
Oui, je suis d’accord, et c’est grâce à l’ingénieur du son Bernie Grundman, qui avait beaucoup travaillé avec Prince et qui est, à mon avis, le meilleur spécialiste du remastering dans ce métier. Nous essayons de travailler avec le maximum de personnes qui étaient présentes autour de Prince à l’époque et par chance, toutes ces personnes souhaitent collaborer sur ces nouveaux projets.

En revanche, la qualité sonore de « Wouldn’t You Love To Love Me » est inférieure au reste des titres de l’album. Pourquoi avoir choisi de l’inclure ?
En effet, ce titre, que Prince a enregistré vers la fin 1981 sur une console 16-pistes, n’a pas la qualité sonore d’autres titres présents sur cet album. Nous avons pourtant choisi de l’inclure dans Originals car de nombreuses versions de cette chanson circulent depuis de nombreuses années dans le cercle des collectionneurs, mais celle que nous proposons n’a jamais vu le jour. L’autre intérêt provenait du fait qu’il s’agit de la toute première mouture d’une chanson qui n’allait pas paraître avant 1987, sur l’album de Taja Sevelle.

À vous écouter, le contenu du Vault semble infini. Peut-on déjà rêver d’un Originals Part 2 ?
Bien sûr, il y aurait tellement de candidats pour d’autres volumes dans le cadre d’une série, mais à ce stade, je ne pense pas que cette idée soit programmée. Ceci étant, si Originals est bien accueilli par le public, les choses pourraient changer…

                                  Propos recueillis par Christophe Geudin

Prince Originals. Disponible en exclusivité sur la plateforme Tidal à partir du 7 juin. CD simple, téléchargement et streaming disponibles le 21 juin (Rhino/Warner). Versions 2-LPs et Deluxe limité CD+2LPs disponibles le 19 juillet.

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Dans le Vault de Prince avec Michael Howe

Responsable de l’organisation et de la préservation du contenu du légendaire coffre aux archives Princières, Michael Howe est l’archiviste du Prince Estate et le découvreur de l’enregistrement inédit Prince : Piano and Microphone 1983, disponible le 21 septembre.

★★★★★★★

Funk★U : Le Vault de Prince est un objet de fantasme pour de nombreux fans. Après avoir été abrité à Paisley Park pendant près de trente ans, où se trouve-t-il aujourd’hui ?
Michael Howe : Depuis plusieurs mois, le contenu du Vault a été délocalisé dans un énorme entrepôt hautement sécurisé et à température réglementée dans un coin de Los Angeles. Cet endroit ne ressemble pas à grand chose vu de l’extérieur, mais l’intérieur est très moderne et largement pourvu en équipement de pointe.

Comment s’organise le classement de ces archives ?
Le système de classement du Vault n’est pas conventionnel : toutes les bandes audio et vidéo sont étiquetées d’une manière précise, mais certaines ne le sont pas complètement. Il faut donc parfois procéder par déduction, recouper avec d’autres informations, comme par exemple le modèle de bande magnétique utilisé lors de telle ou telle période, les track sheets ou le nom des ingénieurs du son qui travaillaient avec Prince à l’époque.

De quelle manière avez-vous localisé l’enregistrement de Piano & A Microphone 1983 ?Prince Piano Microphone83
J’étais au courant de l’existence de cet enregistrement car il circulait depuis plusieurs années dans le circuit des collectionneurs, mais personne ne savait où se trouvait ce master, ni comment il avait été répertorié dans les archives et ni sous quel format. Nous avons donc lancé une recherche très approfondie dans notre base de données, un vrai travail de détective et par chance, nous avons réussi à mettre la main sur cette cassette TDK. Le son des cassettes a toujours été de piètre qualité par rapport à d’autres supports audio. Prince en utilisait beaucoup lorsqu’il travaillait sur ses maquettes dans son home-studio et il existe des milliers de cassettes de ces enregistrements (plus de 7000, ndr.).

Malgré les limitations sonores de ce format, son contenu est si chargé émotionnellement que l’Estate a pris la décision de le révéler au grand public. Après avoir mis la main sur cette cassette, je l’ai envoyée à Troy Carter, le représentant du Prince Estate, et il a été très ému par ce qu’il a entendu. Il a ensuite proposé aux responsables de l’Estate de publier cet enregistrement. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un album studio inédit de Prince, mais ce document est si fascinant et inconnu du grand public -à l’exception des fans hardcore- qu’il méritait de voir le jour.

Au-delà de la remasterisation, avez-vous procédé à des modifications sur cet enregistrement original ?
Non, il n’y eu aucun editing. Il s’agit de l’intégralité du contenu non retouché de cette cassette que nous avons simplement numérisée en 24-bits dans ProTools. Il n’y a ni coupure, ni montage, ni ajout sur ces 37 minutes de musique. La première partie de cet enregistrement consiste en un medley improvisé de sept chansons. À la fin de ce medley, la cassette change de face et contient deux chansons individuelles.

Avec ses plusieurs milliers de références, la grande majorité du contenu du Vault de Prince ne risque-t-elle pas de rester inédite à jamais ? De quelle manière envisagez-vous l’avenir de ces archives ?
Nous en parlons beaucoup entre nous. Avec le Prince Estate, nous avons pour but de préserver et de promouvoir l’héritage musical de Prince avec la plus grande intégrité. Ma mission est celle d’un conservateur de musée chargé de classer chronologiquement toutes les oeuvres d’art de ce musée. Bien sûr, il faudrait plusieurs vies pour assimiler tout ce matériel si vaste et si riche. La question de sa diffusion se pose encore…

Propos recueillis par Christophe Geudin

Prince Piano & A Microphone 1983 (Warner). Disponible en CD, vinyle, versions digitales et édition collector CD/Vinyle le 21 septembre. À lire également : interview exclusive de Lisa Coleman, auteure du livret de l’album, dans Jazz Magazine n°709.



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