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Wolfmoon “Wolfmoon” (1969, réédition 2013)

Derrière cette pochette au psychédélisme Marvelien avant l’heure, se cache une des productions charriées par les eaux boueuses du bayou de Swamp Dogg. Batteur de fonction première, Tyrone Thomas, rebaptisé Wolfmoon par le chien de marécage, réalisait en 1969 cet album habité par une voix brutale, à l’opposé des normes doo-woop tout en harmonies. Rhythm & blues et gospel seront les deux pistes majeures empruntées par le lupus, entre conventionnel inoffensif et déglingué sous substances. Car, bien que souillées par la patte crasseuse du Dogg, les reprises de “If I Had A Hammer” ou de “Proud Mary” accolées à un “Godbless” niaisement naïf ou naïvement niais constituent la face la plus présentable du canidé. Et c’est finalement quand le loup retourne à l’état sauvage, qu’il va laper le funk et la soul sales à même le sol, que son chant devient possession et que cuivres et guitare ne se soucient plus de tout ébrécher sur le passage que la chose devient la plus intéressante. Même camouflé sous des cordes émouvantes et des claviers liturgiques, même lavé et relavé encore, ce disque sentira toujours la crasse animale.

Max Puissant.

Wolfmoon (Alive Natural Sounds/Differ-Ant). Disponible en CD, LP et digital.


Chronique : Patchworks Galactic Project “Space” (2013)

« Patchworks à la base… Patchworks à la base… Vous me recevez ?… Atterrissage réussi, capsule intacte. Matériel également.  La mission se déroule à merveille. Comme prévu, les autochtones ont des années d’avance sur notre civilisation. Ils portent des combinaisons en papier d’aluminium. Ils sont dans le futur, leurs montres-calculatrices l’attestent. Dans le futur des années 70-80. Un futur jouissif, dédié à la danse et à l’amusement. Les rythmiques discoïdes et groovy semblent irrépressiblement les posséder. Ils aiment les synthés électro. Les synthés pistolet laser, les synthés mélancoliques mais aussi les modulations électroniques de Giorgio. Parfois, sur fond de nappes glacées et de programmation froide ils expriment leur doute et leur mélancolie. Ils invitent même leurs robots à têtes carrées avec des antennes en fil de fer gondolé et des pinces à la place des mains à venir chanter sur quelques titres. Nous n’aurons certainement rien d’approchant au minimum avant l’an 2000. Je vous rappelle plus tard, je dois aller faire un tour de voiture volante sur coussin d’air. Patchworks à la base… Ce voyage spatio-temporel est une réussite…Terminé ».

Max Puissant

Patchworks Galactic Project Space (Favorite Records)


the-sweet-vandals

Chronique : The Sweet Vandals “After All” (Sweet Records, 2013)

La tentation-piège trop souvent observée chez les groupes postés sur le créneau soul-funk vintage est de vouloir envoyer comme dix dans le micro, de survitaminer les rythmiques, de vouloir faire ressortir le poumon par l’autre côté du saxo, bref : d’en faire trop, pensant certainement que c’est là une des clés pour sonner authentique. Les Doux Vandals espagnols ont eux bien compris que la réussite tenait surtout à deux choses : des titres bien écrits et une production bien maitrisée. Tout ça évidemment capté en analogique, sinon pas de label roots qui tienne et avec, si possible, quelques sorties hors du cadre dans lequel on les attend compte tenu qu’il s’agit là de leur quatrième album. Aussi, sans laisser sur le bord de la route le bon vrai funk qui castagne (“Ain’t No Use”), l’ambiance peut glisser tranquille vers une soul bluesy sans chaos (“Waves And Wings”) voire dans des climats plus sombres aux arrangements de cordes à la Syl Johnson (“Our Rulers Are Liars”). Aucun débordement incontrôlé, aucun solo qui débarque brusquement comme un flic sans mandat, même la rugissante Mayka Edjo à l’énergie vocale évidente se trouve du coup parfois comme bridée ou en retenue. Alors, on se demande si le crew Madrilène n’avance pas avec le pied sur le frein histoire de ne pas trop libérer les chevaux fougueux qui pourraient emmener la diligence dans le décor…

Max Puissant

The Sweet Vandals After All *** (Sweet Records/Differ-Ant). Disponible depuis le 6 mai en CD, LP et digital.


Daft+Punk+Random+Access+Memories

Chronique : Daft Punk “Random Access Memories”

Certains lecteurs ont peut-être été étonnés, voire suffoqués, par la présence récurrente de Daft Punk dans ces pages virtuelles au cours des dernières semaines. En temps normal, Funk★U aurait pu vous lister la liste d’emprunts des rejetons des producteurs d’Ottawan et des Gibson Brothers, où encore gloser sur des mélodies trop catchy pour être honnêtes avant de retourner écouter Breakwater ou Quazar. C’était sans compter sur le virage analogique de Random Access Memories, le quatrième album des alter-égos casqués de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo. Véritable disque de genre(s), RAM cale les deux tiers de son contenu sur un disco-funk pulsé par les parties défenestrantes de sessionmen qui ont tout vu, du chitlin’ circuit au Studio 54 (les noms de Nathan East, bassiste massif de Stevie Wonder et Paul Jackson, Jr., le guitariste de Thriller, circulent déjà sur quelques tracklistings). Le break crunchy de “Give Life back To Music”, porte d’entrée de 73 minutes supersoniques dont le single éclaireur “Get Lucky” n’incarne que la facette la plus accessible du projet, ne laisse aucun doute sur la présence de Nile Rodgers et ses Chic-Isms.

Privé de crédits musiciens lors des écoutes, il est difficile d’identifier l’auteur des arpèges liquides de “The Game of Love”, mid-tempo caniculaire guidé par un lick de basse télégraphique et des parties vocales à la talk-box façon Roger Troutman. Zapp produit par Chic ? Pas loin. En revanche, c’est bien Giorgio Moroder qui raconte l’histoire de l’electro dans “Giorgio By Moroder”, une suite Hi-NRG/prog hallucinogène et uptempo ponctuée par des allusions au thème de Midnight Express et des synthés latino évoquant la période brésilienne de George Duke. Aux dires d’internautes bien renseignés, Omar Hakim et John Robinson Jr., le cogneur d’Off The Wall, se partageraient les drums du funk minimaliste et salement princier de “Lose Yourself To Dance”, à nouveau chanté par Pharrell Williams sur fond de guitares scratchées et de handclaps démesurés. Et s’il n’y avait que ça… L’intro péplum de “Beyond” débouche sur un long instru Calif’, tout près de Michael McDonald et de son indéboulonnable “I Keep Forgetting”. Deux titres et le break Funky Drummer de “Motherboard” plus loin, c’est Hall & Oates et Fleetwood Mac qui semblent reprendre le flambeau de “Fragment of Time”, une dinguerie blue-eyed soul ou l’on perçoit – Choc ! – une guitare slide au fond du mix.

Et les robots dans tout ça ? En retrait derrière leurs vocoders et la vitre de la cabine de contrôle, les producteurs réinventent leur dynamique et passent du noir et blanc numérique à la couleur analogique. Fortunes diverses : Pour “Within”, un joli interlude mélancolique pianoté par Gonzales, et “Touch”, une symphonie pop SF dérangée introduite par Paul Williams, le Phantom of the Paradise en personne, le duo s’égarent dans la pop 80 pastel avec Julian Casablancas des Strokes (“Instant Crush”, sans doute recalé de la BO de Drive). Avec sa toccata liturgique et sa batterie heavy-métal, le final apocalyptique de ”Contact” hésite entre Justice et les Chemical Brothers. En tournant le dos au sampling et à l’électro stadière, Random Access Memories préfère ranimer la mémoire vive de la dance music hédoniste du tournant des années 1970 et 80, une époque où un disque capturait non pas une séquence de fichiers, mais une performance. À prendre ou à laisser. Prenez.

SlyStoned

Daft Punk Random Access Memories (Columbia/Sony Music). Disponible le 20 mai en CD, double LP et digital.

 


Hilton Felton best of CD 2012

Chronique : The Best Of Hilton Felton (Jazzman, 2012)

 

HILTON FELTON – The Best Of Hilton Felton ★★★★
(Jazzman Records, mai 2012)

Cette compilation d’Hilton Felton ne ressemble pas vraiment aux canons de beauté en vigueur ces dernières années. Cinq titres enregistrés seulement avalés en un peu plus de 35 minutes, un timing plutôt adapté au format vinyle. Du jazz funky des années 70 qui lorgne vers les productions du label Kudu, le petit frère de CTI, la référence en la matière. Ici, la production et les arrangements n’ont pas la sophistication du catalogue de Creed Taylor, mais les compositions d’Hilton Felton tiennent la route. Tout comme le copieux livret dans lequel vous pourrez retrouver une biographie et une discographie très complètes du pianiste américain. Comme à son habitude Jazzman Records nous livre une agréable série B joliment ficelée.

JB


Jimi-Hendrix09

Chronique : The Jimi Hendrix Experience “Winterland” par Yazid Manou

En exclusivité pour Funk-U, Yazid “Jimi’s Back” Manou examine le coffret 4-CD Winterland publié le 12 septembre par Sony Legacy.

Le fan de Jimi Hendrix est un homme heureux. C’est très majoritairement un homme, rappelons-le ! Heureux car son héros bénéficie d’une attention absolument incroyable pour un artiste qui n’est plus physiquement parmi nous depuis le 18 septembre 1970. Il pleut des rééditions à tout-va, les livres abondent, les quadruples coffrets s’accumulent. La rentrée 2011 ne déroge pas à la règle. Mais que se passe-t-il pour qu’une telle frénésie s’exprime autour du guitariste ? L’industrie du disque n’est pourtant pas au mieux. La source hendrixienne semble inépuisable. L’objet qui nous intéresse ici s’appelle tout simplement « Winterland ». Le nom résonne aux oreilles des aficionados : « enfin Winterland ! ». L’excitation n’atteint certes pas celle de l’évocation du Royal Albert Hall  mais c’est tout de même une sacrée bonne nouvelle. Cette série de shows figure parmi les meilleurs donnés par l’Experience. Il est bien entendu que cette chronique s’adresse d’abord aux initiés car en effet, qui va acheter 35 titres live de Jimi Hendrix dont quatre « Purple Haze », trois « Foxy Lady », trois « Hey Joe »…??! Réponse : les fans fous furieux qui n’en ont jamais assez. En 1982, un double vinyle The Jimi Hendrix Concerts proposait six morceaux du Winterland dans une compilation de live. Puis vint en 1987 le Live At Winterland (11 titres) édité par Polydor mais laissant toujours sur sa faim quand on sait que le groupe avait joué six concerts en trois jours dans le temple du rock de Monsieur Bill Graham les 10, 11 et 12 octobre 1968. En 2006, le douteux label Reclamation (licence from the Michael Jeffrey Estate) publia en douce un coffret 6 CD à 2000 exemplaires contenant l’intégralité des six concerts, 3 Nights at Winterland, avec plus des six heures de musique et plus de 50 morceaux ! Mais rien ne vaut une sortie officielle proposant le meilleur son possible, un beau livret avec photos inédites.

 

 

L’idée ici n’est certainement pas de vous détailler chaque morceau ! Sachez que le trio est au sommet : octobre est le mois de sortie du double album Electric Ladyland, c’est la suite d’une tournée affolante aux USA qui avait d’ailleurs débuté en février par trois dates au même Winterland de San Francisco (avec Albert King, John Mayall et Big Brother en ouverture). Les plus coriaces s’amuseront à noter les morceaux qui n’ont pas été retenus par la famille (aaargh !), d’autres feront des comparaisons de son avec les précédentes sorties, noteront l’humeur excellente du guitariste dans ses échanges avec le public (malgré la dégradation du matériel le dernier soir). Fin amateur de jams, Hendrix a invité quelques potes sur scène. Ainsi défileront Jack Casady (Jefferson Airplane), le flutiste Virgil Gonsalves et l’organiste Herbie Rich (du Buddy Miles Express qui a ouvert pour les six concerts). Dans l’ensemble, le trio de producteurs Janie Hendrix/Eddie Kramer/John McDermott a encore fait du bon boulot.  Mais (y’a toujours un mais), on pourra s’étonner d’un choix pour le moins bizarre dans la conception du coffret. Le livret n’indique nulle part si tel ou tel titre est issu du 1er ou 2ème concert de la soirée. L’ordre des morceaux n’est pas toujours respecté, bref, c’est un peu la pagaille, mais qu’importe. Le quatrième CD  propose bizarrement six titres en plus ainsi qu’une très cool interview inédite des backstages du Boston Garden le 16 novembre 1968 où Jimi (tout en jouant) énumère ses influences, son parcours, etc. Janie Hendrix n’oublie pas au passage de faire un peu de pub à son label Dagger Records et ajoute un CD bonus avec cinq morceaux du Fillmore Auditorium (4 février 1968) déjà publiés en 2003 (mais uniquement disponibles sur le site officiel). Le tout mérite amplement nos applaudissements.

Yazid « Jimi’s Back » Manou

The Jimi Hendrix Experience Winterland (Experience Hendrix/Sony Legacy) 4 CD ****


 


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Chronique : Sly Stone “I’m Back”

L’annonce d’un nouvel album studio de Sly Stone après 28 ans de silence avait de quoi ravir les fans de Sylvester Stewart. Hélas… Le choix du label Cleopatra Records, un label californien spécialisé dans les “re-re” des hits du heavy metal 80′s par leurs propres auteurs aurait dû nous alerter. Sly Stone, comme Nazareth et Dokken avant lui, régurgite donc ses tubes en or massif en compagnie de guest-stars aussi prestigieuses que virtuelles. À peine dépassés les premiers couplets des versions 2011 de “Stand !” et “Everyday People”, le constat est rude : Sly chante comme un Gainsbourg en réanimation, et les invités se sont contentés d’envoyer leurs contributions par la poste (Jeff Beck, Bootsy Collins, Johnny Winter, Carmin Appice, Ann Wilson et Ray Manzarek, qui glisse l’intro de “Light My Fire” dans “Dance to the Music”). Un oeil sur les crédits révèle également que la production est signée par le duo Jürgen Engler et Chris Leitz, et que les choeurs sont assurés, entre autres, par Ava Cherry, la girlfriend du David Bowie époque Young Americans. Comme un acte manqué, les notes de pochette contenues dans un artwork hideux n’hésitent pas non à retracer les échanges de bandes anarchiques entre un Sly au sommet de sa parano et un label qui a dû regretter son geste aussitôt le contrat signé…

Paradoxalement, la seule éclaircie de ce calamiteux I’m Back provient des trois inédits glissés en fin de parcours. Le heavy-funk éclatant de “Plain Jane”, le gospel lumineux de “His Eye on the Sparrow” et la pop débridée de “Get Away” relèvent temporairement l’ensemble, même si le carbone 14 semble indiquer la présence de maquettes remontant aux début des années 1990. Passons sous silence les remixes techno indigents “offerts” en bonus pour conclure sur un sinistre état des lieux : le retour de Sly Stone se solde par un nouveau comeback désastreux, à l’image du pathétique retour sur scène du génial géniteur de There’s a Riot Goin’On au cours de l’été 2007.

Sly Stone I’m back (Cleopatra Records) *

 


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Chronique : Americana “Rock Your Soul/Blue Eyed Soul and Sounds from the Land of the Free”

Quelle bonne idée ! L’excellent label BBE Records compile 16 titres blue eyed soul. Osé, car le genre est souvent raillé. Au programme : voix de têtes, violons, grooves « Croisière s’amuse », beats chaloupés et ensoleillés. C’est délicieux, fin, positif et somptueusement arrangé. Les compilateurs n’ont pas sélectionné les tenors du genre, mais ont opté pour une démarche plus deep avec des formations rarement compilées.

On retrouve néanmoins quelques favoris des amateurs de blue eyed soul et de musique dite « West-Coast » : Eric Tagg, Jaye P.Morgan… Pour le reste, on va de découvertes en découvertes : groupes Hawaiens (Babadu, Society Of Seven, Tender Leaf), kitscheries disco/funk (Midnight Flyer, James Walsh), jazzy/funk (Jaye P. Morgan – le RAMP de Roy Ayers n’est pas loin-, Lil’ Albert), soul/funk (James Walsh, 1619 Bad Ass Band, Breakaway), neo-crooners Soft Rock (Michael Killen), proto Danceflour (Ian Wilson)…

Les compilateurs proposent une sélection très variée et cohérente de bout en bout. Ce disque est un must-have, un passeport vers une plus grand ouverture d’esprit. Salvateur et nécessaire. Un seul bémol : la pochette ne rend pas du tout hommage au contenu. Où est passé le kitsch chic et vintage qu’exalte cette programmation ?

David Dutreuil

Americana, Rock Your Soul/Blue Eyed Soul and Sounds from the Land of the Free (BBE Records, sortie le 4 juillet) ****


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Chronique : The Staple Singers, Booker T. & the MG’s et Johnnie Taylor – Stax Remasters 2011

Promises au début de l’année, trois nouvelles rééditions Stax viennent de paraître ce mois-ci. Bealtitude : Respect Yourself des Staple Singers, McLemore Avenue de Booker T. & the MG’s et Taylored in Silk de Johnnie Taylor sont disponibles dans de nouvelles versions remasterisées et agrémentées de bonus tracks de choix. Bealtitude : Respect Yourself, l’album incontournable des Staple Singers produit par Al Bell et gravé à Muscle Shoals en 1971, est une réussite totale, de son morceau-titre (inspiré de son homonyme signé par le Watts 103rd Street Rythm Band) aux lumineux gospels soul d’”I’m Just Another Soldier” et “This Old Town (People In This Town”)”. En bonus d’une version remasterisée à la dynamique irréprochable (écoutez le claquement de la snare sur l’introduction d’”I’ll Take You There” !), deux inédits de 1970 et 1972 qui n’auraient pas déparé sur le chef-d’oeuvre studio des Staple Singers (“Heavy Makes You Happy” et “Walking in Water Over Our Head”.

De la même manière, McLemore Avenue, l’hommage superlatif de Booker T & the MG’s à Abbey Road, le triomphe final des Beatles, s’offre une nouvelle vie en ajoutant une poignée de covers estampillées Lennon/McCartney (“You Can’t Do That”, “Michelle”, “Day Tripper”, “Lady Madonna”…). À (re)découvrir pour ses relectures inventives au B-3 de “Come Together”, “I Want You”, “You Never Give Me Your Money” et “Here Comes The Sun” dans un medley souvent audacieux, 36 ans avant les manipulations numériques de Love réalisées par les membres survivants des Fab Four. Enfin, le bien nommé Taylored in Silk (1973) du sémillant Johnnie Taylor voit l’un des héros de Wattstax évoluer en mode crooner sur un set blues and smooth enregistré en compagnie des gâchettes de Muscle Shoals. L’ajout de nouveaux livrets de qualité signés par les experts es-Stax Rob Bowman, Ashley Khan et Bill Dahl complète un triplé choc qui prolonge, une fois encore, l’intérêt porté au passionnant catalogue racheté par Concord en 2007.

The Staple Singers Respect Yourself (Concord/Universal Jazz) ****

Booker T & the MG’s McLemore Avenue (Concord/Universal Jazz) ****

Johnnie Taylor Taylored in Silk (Concord/Universal Jazz) ***


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Chronique : Afro Latin Vintage Orchestra, “Ayodegi”

Fatigués des compilations Afrobeat qui prolifèrent comme des spams musicaux depuis une dizaine d’années ? Comme son nom l’indique, l’Afro Latin Vintage Orchestra pratique une fusion des rythmes tropicaux où le funk occupe une place de choix. Un an après le double LP Definitely Roots, Ayodegi, le deuxième album de la formation parisienne crée en 2003, renouvelle avec bonheur un genre aux vertus intemporelles. Le line-up composé des Frères Smith (Elvis Martinez Smith à la guitare et Fabulous Fab Smith au sax ténor), du chanteur-slammeur-trompettiste Prosper Nya, du claviériste Benjamin des Gachons, du batteur Fabien Sautet, du bassiste David Battestini Quadri et du percussioniste/producteur/arrangeur Masta Conga réunit des gâchettes de la scène afro. La réunion de membres variés de Summa Suffaz et de Los Tres Puntos est aujourd’hui complétée par les voix de Tatz, du rappeur créole Diodman et des pourvoyeurs de reggae-dancehall Teddy Baillet et Bruce Ratovo dans un disque où les métissages de transes afrobeat et de clavinets StevieWonderiens pulvérisent avec fracas les délimitations du groove mondial. La preuve indiscutable avec “Orient Express”, “Oldskool Trip” et surtout “Superstar”, le défenestrant sommet funky d’un splendide album de genre(s).

Jacques Trémolin

Afro Latin Vintage Orchestra Ayodegi (Underground Records/Rue Stendhal) ***


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Chronique : Robert Johnson, The Complete Recordings

Si Robert Johnson n’avait pas été empoisonné par un mari jaloux en 1939 et nonobstant un miracle génétique, le musicien le plus influent du XXème siècle aurait eu cent ans en 2011. L’occasion pour Columbia Legacy de publier une nouvelle anthologie du bluesman qui traumatisa plusieurs générations de songwriters/compositeurs/instrumentistes, de Jimmy Page à Eric Clapton en passant par Jimi Hendrix, Keb’Mo‘ et Keith Richards et Brian Jones, qui pensaient que Robert Johnson était accompagné par une autre guitariste alors qu’il délivrait seul des parties rythmiques et solistes d’une précision extravagante.

Les deux CDs de The Complete Recordings regroupent les seuls enregistrements répertoriés de l’auteur de “Sweet Home Chicago”, gravés à San Antonio en novembre 1936 et à Dallas en juin de l’année suivante. Cette nouvelle édition du cultissime coffret paru en 1990 permet de redécouvrir le savant alliage de textes à double-entendre et de fulgurants tissages electro-acoutiques devenus des standards éternels (“Ramblin’On My Mind”, “Cross Road Blues”, “Come On in My Kitchen”, “Love in Vain Blues”…). Toute l’ADN de la musique populaire en 42 titres.

Jacques Trémolin

The Complete Recordings – The Centennial Collection (Columbia Legacy) ****

 


Chronique : Sade, The Ultimate Collection

La perspective rare d’une tournée mondiale de Sade (venues hexagonales à Paris le 17 mai et à Amnéville le 20) explique la sortie d’une nouvelle anthologie CD/DVD du groupe de Miss Helen Folasade Adu pour l’état civil nigérian. Un élégant combo double CD/DVD renferme 27 titres chronologiques et un DVD regroupant 16 clips, d’”Hang On to Your Love” au récent “Babyfather”. Cette mise à jour d’un premier best-of sortie en 1994 permet de constater la régularité constante de la ligne de conduite musicale de Sade.

Les downtempos smooth mâtinés de rythmes carribéens discrets et d’une voix de platine caractérisent une discographie d’une cohérence irréprochable. Tous les hits sont là (“Your Love Is King”, “Love Is Stronger Than Pride”, “Is It a Crime”, “Kiss of Life”), et si les quatre inédits proposés en bonus ne déparent pas de la ligne éditoriale de Soldier of Love, le dernier album studio en date, une reprise chaloupée de “Still in Love With You” des rockeurs moustachus de Thin Lizzy et un remix big beat de “By Your Side” par les Neptunes indiquent que Sade n’est jamais aussi captivante que lorsqu’elle s’aventure en dehors de sa bulle cozy.

César

The Ultimate Collection (Sony Music) ***

 


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