Interview

Mayer Hawthorne « Tout ce que je fais doit être funky »

Avec Man About Town, le prolifique touche-à-tout soul-funk-electro propose un nouvel album à caractère autobiographique inspiré par Los Angeles et l’ambiance des films noirs.

★★★★★★★★

Funk★U : Tes premiers albums étaient fortement inspirés par la soul des années 1960. Aujourd’hui, avec Man About Town, tu es plus proche du funk des années 1980. As-tu pour démarche de remonter progressivement le fil historique du groove ?
Mayer Hawthorne : Non. Honnêtement, ce n’est pas une chose à laquelle je pense. Je ne me suis jamais dit : « Tiens, cette fois, je vais enregistrer un disque de funk des années 1980 ou un hommage à la soul des sixties. » Ceci dit, les années 1980 me semblent plus naturelles pour moi car ce sont les années où j’ai grandi. J’étais là et je m’en souviens, contrairement aux années 1960 ou 70. Je fais de la musique pour 2016. Mon seul but, c’est de faire avancer ma musique et de proposer quelque chose de nouveau à chaque fois.

mayer-manLe rôle des boîtes à rythmes est très importante dans ce nouvel album.
Merci de l’avoir remarqué… (On frappe à la porte. L’attachée de presse annonce qu’elle part à la recherche de la paire de Repetto sur lesquelles Mayer Hawthorne a flashé, ndr.)… Je suis tombé raide dingue des boîtes à rythmes vintage en travaillant sur le projet Jaded Incorporated et ce qu’on appelle la ghetto house music. C’est la musique que j’écoutais en grandissant à Detroit. Ces vieilles boîtes à rythmes ont a la fois un son futuriste et rétro, ce qui définit assez bien mon son global. Dans Man About Town, je me suis beaucoup servi de la Maestro Rhythm King qu’utilisait Sly Stone, amis aussi l’Ace Tone Rhythm Ace, la Roland 707 qu’on entend dans « Kiss On My List » d’Hall & Oates.

Joues-tu de la majorité des instruments sur Man About Town ?
Oui, pas tous, mais la plupart, dont beaucoup de guitares rythmiques. je n’avais pas fait ça depuis mes deux premiers albums. J’ai eu envie de revenir à ma formule de départ : juste moi et mes instruments enfermés dans la même pièce.

Ce disque a-t-il une relation avec le projet Tuxedo, un autre clin d’oeil au funk eighties ?
Pas tant que ça. Jake One, mon partenaire dans Tuxedo, a remixé « Love Like That » mais ce sont deux projets totalement différents. L’approche de Tuxedo est plus basique, il est simplement question de danser et faire la fête. Man About Town est plus introspectif et mélancolique du point de vue des textes. Cet album raconte mon histoire. Je suis aussi DJ et j’agence mes albums comme s’il s’agissait à chaque fois d’un DJ set. Il y a un début, un milieu, une fin et chaque chanson s’enchaîne avec la suivante… Dans tous les cas, tout ce que je fais doit être funky, comme disait James Brown (rires).

Mayer 4©Paris et la France ont, semble-t-il, joué un rôle important dans ce nouvel album…
J’ai écrit la plupart des chansons de Man About Town à Paris. J’étais venu spécifiquement à Paris pour les écrire, mais aussi retrouver une parisienne que j’aimais beaucoup mais avec qui ça n’a pas marché. Ça ne s’est pas bien passé, mais au final, j’ai réussi à écrire des chansons en m’inspirant de cette situation… Paris a joué un grand rôle, mais Man About Town est aussi un album concept inspiré par Los Angeles et l’ambiance des films noirs. La pochette de l’album, qui, au passage, est une vraie photo non retouchée, et la trilogie des vidéos qui accompagnent les premiers singles sont inspirés par l’ambiance de films comme L.A. Confidential, mais aussi des polars néo-noirs comme Blade Runner, Inherent Vice et The Big Liebowski, qui est sans doute mon film préféré de tous les temps. À ma connaissance, personne n’avait encore réalisé une trilogie de clips inspirés par les films noirs. C’est comme un petit film… L’époque où Michael Jackson faisait l’événement avec la sortie d’un nouveau clip me manque beaucoup. Le monde s’arrêtait.

Quels sont tes projets ?
Je vais prochainement tourner aux États-Unis et en Europe, puis je vais terminer le nouvel album de Tuxedo, qui est presque complété. J’espère qu’il sortira d’ici la fin de l’année. Surtout, je vais essayer de trouver les meilleurs restaurants de chaque ville que je visiterai. C’est mon autre passion, et c’est aussi un monde fascinant.

Propos recueillis par SlyStoned. Photos : Sabrina Mariez.

Mayer Hawthorne Man About Town (BMG/PIAS). Disponible en CD, vinyle et version digitale.

En concert à Paris (Élysée-Montmartre) le 3 novembre. Billets disponibles sur tous les réseaux.

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