Live Report D'Angelo live in Paris

Publié le 30 janvier 2012 | Par Funk-u

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Live Report : L’incroyable résurrection de D’Angelo (Paris, 29/01/2012)

Un show Zappaïen virtuose ? Un comeback carbonisé façon Sly Stone 2007 ? Marvin Gaye plays Black Sabbath ? Toutes les suppositions étaient valables après les douze années de blackout de D’Angelo, qui avait sombré dans l’herbe qui rend nigaud et la budweiser au lendemain du succès de l’album et de la tournée Voodoo. Passé un “Playa Playa” introduit dans le noir, le volume sonore écrasant du Zénith se dissipe peu à peu, à l’image de craintes balayées dès les premières mesures du gangster groove de “Send it On”.

Vu des gradins, le D’Angelo 2012 ressemble à un croisement de Rick James et de l’incroyable Hulk équipé d’une curieuse guitare customisée. On entendra finalement peu celle-ci, excepté à l’occasion de quelques accords plaqués et d’un honnête chorus bluesy lors d’une reprise lysergique d’”I’ve Been Watching You (Move Your Sexy Body)” de Parliament. La voix est toujours claire, et le jeu de claviers toujours aussi churchy (grosse émotion sur “Untitled (How Does It Feel”). Le backing band n’est pas en reste : Derrière, Chris Dave et Pino Palladino s’abandonnent dans un coït soca/drum’n'bass. Devant, Jef Lee Johnson joue des solos à l’envers et s’autorise une sidérante vrille hendrixienne au terme de “Shit, Damn, Motherfucker”.

D’Angelo propose aujourd’hui un funk décloisonné où Prince et James Brown ont autant leur place que Jimi Hendrix et David Bowie, quitte à sombrer (temporairement) dans la tentation soliste et à laisser de côté une frange R&B toujours figée dans les clichés nu-soul des années 1990. Peu avant 23 heures, D conclut ses deux heures et vingt minutes de show par une reprise surprise de “Space Oddity”, puis un défenestrant mash-up electro-funk “Brown Sugar”/”Chocolate” (ou “Lady Cab Driver”, au choix) émaillé de citations des Ohio Players (“Skin Tight”), Funkadelic (“Take Your Dead Ass Home”) et James Brown (“Superbad”). Un dernier mot sur les fameux titres inédits qui hantent la blogosphère depuis quelques jours : “The Charade” (ben tiens !) fait renaître le Prince pastel des années Revolution, “Another Life”, est une délicieuse sucrerie Philly et “‘Sugar Daddy” s’impose déjà comme un classique soulfunkjazz des années 10. Le concert était fabuleux. Place à l’album.

 

Setlist

  • Playa Playa
  • Feel Like Makin Love
  • Ain’t That Easy
  • Devil’s Pie
  • Chicken Grease
  • The Line Intro/The Root
  • The Charade
  • I’ve Been Watching You (Move Your Sexy Body)
  • Shit, Damn, Motherfucker/Bass+Drum solo
  • Solo Medley : Jonz in my Bonz, The Root, One Mo’ Gin, Me & Those Dreamin’, Cruisin, Spanish Joint, Higher, Untitled (How Does it Feel)
  • Another Life
  • Sugar Daddy
  • Space Oddity
  • Brown Sugar

 




6 Responses to Live Report : L’incroyable résurrection de D’Angelo (Paris, 29/01/2012)

  1. MadCompute says:

    Il aurait bien sûr du faire deux concerts dans une salle plus petite plutôt que le Zénith.
    Le son hier était effroyable pendant la 1ère partie.
    Pour le reste, le concert était plutôt bon quand même.
    Il faut qu’il apprenne à jouer de la guitare par contre.
    Au claviers, il est très bon. Et c’est surement pour moi à ce moment que le concert a décoller.
    C’était funky. Ça fait plaisir et ça fait du bien.
    Pour la comparaison avec Prince vu dans un autre blog sur FUNK U, y’en a pas.
    Prince est un bosseur. D’Angelo, compte tenu de ses talents, semble être un feignant (cf son jeu de guitare).
    Donc ce n’est pas comparable, surtout sur scène.
    Ceux qui étaient au Melkweg, comme moi, savent de quoi je parle en terme de travail. Car quand tu vois Prince fracasser autant sa guitare, sa basse et ses claviers après 30 ans de scène, bah tu t’inclines.
    Donc je dirais une chose : bosse D’Angelo, rejoue, refait des albums et on va tous kiffer.

  2. Orry says:

    D’Angelo à la guitare, c’était honnête. On voit bien qu’il est un peu emprunté (ne nous attendons pas à ce qu’il fasse des pirouettes en talons hauts avec sa gratte). Son physique, massif, ne l’aide pas de toutze façon. Il y a quand même du taf, car le groupe est en place, et D’Angelo est vocalement toujours au top. Ce concert de D’Angelo vaut bien les regular shows de Prince de ces dernières années (je mets de côté les aftershows). Et puisqu’il faut absolument comparer les deux, Prince est un fou furieux quand il s’agit de discipline. Je ne suis même pas sûr qu’on puisse le comparer avec qui que ce soit dans ce domaine.
    Hier, il n’y avait pas d’enchaînement aussi pourri que Cream/You Got The Look/Take Me With U/Raspberry Beret sur les dernières tournées de Prince.

  3. Pingback: Video: D’Angelo Performs “Untitled (How Does It Feel)” In Paris « The Uptown Lounge

  4. Sally says:

    Excellente review! J’adore!
    Et merci pour la setlist. Il y avait de quoi être perdu entre les nouveaux morceaux, les réinterprétations de ses morceaux à lui et de celles d’autres artistes. En tant que novice, je mets enfin un nom et des origines sur les morceaux que je ne connaissais pas.
    J’ai beaucoup apprécié le concert globalement. C’était magique même à certains moments. Le seul reproche serait la sonorisation épouvantable sur certains morceaux. On attend le nouvel album avec la tournée mais par pitié dans une meilleure salle que le Zénith!

  5. Greg says:

    3 choses par rapport à l’article (par ailleurs excellent ;)

    1: “Send It On” n’a jamais été joué.

    2: “honnête chorus bluesy” bah moi j’ai pris ma rouste; j’avais l’impression d’entendre un Johnny Guitar Watson, Albert King ou Buddy Guy…old school quoi et tellement senti.

    3: “Zombie” de Fela ou “Conant Gardens” de Slum Village= de la soca/drum&bass? LOL

    “Le concert était fabuleux. Place à l’album.” EXACTEMENT.

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