Un show Zappaïen virtuose ? Un comeback carbonisé façon Sly Stone 2007 ? Marvin Gaye plays Black Sabbath ? Toutes les suppositions étaient valables après les douze années de blackout de D’Angelo, qui avait sombré dans l’herbe qui rend nigaud et la budweiser au lendemain du succès de l’album et de la tournée Voodoo. Passé un « Playa Playa » introduit dans le noir, le volume sonore écrasant du Zénith se dissipe peu à peu, à l’image de craintes balayées dès les premières mesures du gangster groove de « Send it On ».

Vu des gradins, le D’Angelo 2012 ressemble à un croisement de Rick James et de l’incroyable Hulk équipé d’une curieuse guitare customisée. On entendra finalement peu celle-ci, excepté à l’occasion de quelques accords plaqués et d’un honnête chorus bluesy lors d’une reprise lysergique d’ »I’ve Been Watching You (Move Your Sexy Body) » de Parliament. La voix est toujours claire, et le jeu de claviers toujours aussi churchy (grosse émotion sur « Untitled (How Does It Feel »). Le backing band n’est pas en reste : Derrière, Chris Dave et Pino Palladino s’abandonnent dans un coït soca/drum’n'bass. Devant, Jef Lee Johnson joue des solos à l’envers et s’autorise une sidérante vrille hendrixienne au terme de « Shit, Damn, Motherfucker ».

D’Angelo propose aujourd’hui un funk décloisonné où Prince et James Brown ont autant leur place que Jimi Hendrix et David Bowie, quitte à sombrer (temporairement) dans la tentation soliste et à laisser de côté une frange R&B toujours figée dans les clichés nu-soul des années 1990. Peu avant 23 heures, D conclut ses deux heures et vingt minutes de show par une reprise surprise de « Space Oddity », puis un défenestrant mash-up electro-funk « Brown Sugar »/ »Chocolate » (ou « Lady Cab Driver », au choix) émaillé de citations des Ohio Players (« Skin Tight »), Funkadelic (« Take Your Dead Ass Home ») et James Brown (« Superbad »). Un dernier mot sur les fameux titres inédits qui hantent la blogosphère depuis quelques jours : « The Charade » (ben tiens !) fait renaître le Prince pastel des années Revolution, « Another Life », est une délicieuse sucrerie Philly et « ‘Sugar Daddy » s’impose déjà comme un classique soulfunkjazz des années 10. Le concert était fabuleux. Place à l’album.

 

Setlist

  • Playa Playa
  • Feel Like Makin Love
  • Ain’t That Easy
  • Devil’s Pie
  • Chicken Grease
  • The Line Intro/The Root
  • The Charade
  • I’ve Been Watching You (Move Your Sexy Body)
  • Shit, Damn, Motherfucker/Bass+Drum solo
  • Solo Medley : Jonz in my Bonz, The Root, One Mo’ Gin, Me & Those Dreamin’, Cruisin, Spanish Joint, Higher, Untitled (How Does it Feel)
  • Another Life
  • Sugar Daddy
  • Space Oddity
  • Brown Sugar

 


 

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