Interview Dilouya en studio

Publié le 2 juillet 2012 | Par Funk-u

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Interview Dilouya : “La Soul, c’est d’abord une figure de style”

De style, Dilouya n’en manque pas. Homme à tout faire, plutôt bien d’ailleurs, le Parisien a assuré composition, production et arrangements sur son premier album « Faithful Circus », ambitieux projet choral entamé il y a deux ans, et disponible dans les bacs depuis le 27 février. Avec Dilouya, c’est sûr, la Soul française se fait (enfin) un nom.

FunkU – Dilouya, ton premier album « Faithful Circus » fait la part belle à de nombreux invités : Sly Johnson, N’Dea Davenport, Omar, Juan Rozoff, John Turrell… Pourquoi avoir réuni un tel casting autour de toi ?

Dilouya – C’est un concept qui n’existait que très peu en France, contrairement à d’autres pays, l’Angleterre, les Etats-Unis, où des artistes issus de la scène jazz, comme Herbie Hancock, Quincy Jones, ont un temps amorcé et assumé un virage dans leur discographie, en sortant plusieurs albums remplis de featuring. J’avais envie à mon tour de m’approprier cette folie, de retrouver cet esprit un peu décomplexé qui manque aujourd’hui à la musique « Made in France ».

La production française est trop frileuse selon toi ?

Frileuse et assez sinistre. Avec ce disque, j’ai voulu prendre le contre-pied d’une scène française globalement très réaliste, trop d’ailleurs. D’où l’idée d’un album concept, un peu barré, avec beaucoup d’invités qui viennent faire leur numéro. C’est le côté « Circus » !

Et le côté « Faithful » ?

Simplement la traduction anglaise de mon deuxième prénom, Fidèle. Ridicule, non ? C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour l’assumer ! (rires).

Avec ses lignes de basses chaloupées, ses rythmiques enivrantes, « Faithful Circus » pourrait sans mal être né au cœur des années 70, entre « Innervisions » de Stevie Wonder et « What’s Going On » de Marvin Gaye. Un héritage Soul que tu revendiques ?

Oui, cette musique fait partie de mon ADN. J’aime ce son, l’énergie qui s’en dégage. Et puis je suis né dans les années 80, l’âge d’or de Prince, Michael Jackson, un véritable carrefour de genres où la pop musique fricotait sans rougir avec le Funk. Même Madonna a succombé à l’époque, c’est dire ! La scène Acid Jazz m’a aussi beaucoup marqué. L’album « The Return of the Space Cowboy » de Jamiroquai, sorti en 1994, reste pour moi une référence. Inconsciemment, toutes ces influences rejaillissent dans ma musique.

Continuons avec les références… Il y a eu Gainsbourg, l’homme à la tête de chou. Il y a maintenant Dilouya, l’homme à la tête de pissenlit, si l’on se réfère à la pochette de « Faithful Circus »…

Effectivement, c’est le logo de l’album, dessiné par Jimmy Turrell (NDLR : frère de John, qui participe à l’album), un graphiste très en vue en Angleterre et qui a fait de nombreuses illustrations, notamment pour Radiohead ou le Festival de Glastonbury. J’ai aimé l’idée d’un personnage central, reconnaissable immédiatement. Et l’image d’un homme avec une tête de pissenlit, aux idées portées par le vent, me correspondait assez bien. Ce côté aérien, léger, pas vraiment terre à terre. J’avoue, je suis un rêveur.

Rêveur, mais aussi producteur, compositeur, arrangeur,… Tu as presque assumé tous les rôles dans « Faithful Circus », excepté celui de chanteur. Pourquoi ?

Parce qu’il y a des gens qui le font mieux que moi ! (rires). J’ai quand même assuré les chœurs sur certains morceaux, mais ça n’est ni ma place, ni mon rôle. Je suis avant tout producteur.

Justement, comment naissent les morceaux dans la tête de Dilouya ?

L’essence même du groove, c’est une basse, une batterie. Pourtant, pour composer, je préfère m’installer derrière un piano, développer une mélodie sans me fixer de limites, quitte à enlever ensuite de la matière en studio. Piano-voix, tout part de là.

Un peu à l’image du titre Runnin’away, porté par la voix de Sly Johnson…

Exactement. Ce morceau est construit comme une bossa nova. Je suis parti d’une phrase au piano très typée samba. J’ai gardé cet esprit latin dans les arrangements, en ajoutant un son un peu plus éthéré, qui peut rappeler Marvin Gaye dans sa période « What’s Going On ». Les références, encore et toujours…

Les textes de l’album sont exclusivement en anglais. Difficile de faire rimer soul et langue française ?

La soul, c’est d’abord une figure de style, il y a des codes à respecter et la langue anglaise en fait partie. Même s’il y a des exceptions, Ben l’Oncle Soul par exemple.

Jouer « Faithful Circus » sur scène, tu y penses ?

On essaye de monter une date événementielle à Paris en réunissant tous ceux et elles qui ont participé à l’album. C’est un peu compliqué d’un point de vue logistique… Voilà pourquoi je pense opter pour une formation réduite en tournée, avec seulement trois chanteurs qui se relaieraient au lead et aux chœurs, à la façon du groupe Incognito. Sly Johnson, John Turrell et N’Dea Davenport sont partants pour me suivre.

Hormis la scène, quels sont tes projets ?

Beaucoup de belles choses m‘attendent. Je rentre tout juste de Barcelone où je viens de terminer le tournage du clip de Runnin’ Away, avec Sly Johnson. L’idée est sympa, vous verrez… Il y a aussi un projet top secret avec deux autres musiciens dont je ne peux vous parler malheureusement… Patience ! Sinon, pourquoi pas d’autres collaborations, je vais d’ailleurs participer au prochain album de John Turrell.

La collaboration rêvée pour toi, ce serait avec…

Michael Jackson, sans hésiter. On oublie trop souvent l’interprète extraordinaire qu’il était, et « Thriller » reste un sacré album. Hélas, j’arrive un peu tard… Dans un genre plus vivant, je ne dirais pas non à Stevie Wonder, d’Angelo, José James. Pourquoi pas Alice Russel, ça a failli se faire d’ailleurs…

Et donner un successeur à « Faithful Circus » ?

J’y travaille, mais l’orientation musicale sera sans doute différente. Il y a eu tout un tas de contraintes dans la conception de « Faithful Circus », beaucoup d’arrangements avec peu de moyens… J’ai pris énormément de plaisir à le faire, mais cela m’a demandé du temps. Aujourd’hui, j’ai davantage envie de capter l’émotion d’un moment.

Dans un esprit toujours Soul ?

Pas forcément. Les prochains morceaux seront certainement plus pop, plus rapides aussi, avec quelques sonorités modernes, comme des boites à rythmes, et toujours un soin accordé aux ballades. C’est l’idée du moment, mais ça peut très vite changer !

Propos recueillis par Mister Moon

Dilouya – « Dilouya’s Faithful Circus » (Magnificent Music / Warner Music Distribution) – 2012

 



One Response to Interview Dilouya : “La Soul, c’est d’abord une figure de style”

  1. Osmium says:

    Enfin du funk français !faudrait que j’écoute sa musique de plus près et je plussoie quant à la frilosité de la production française, quasi impossible de percer sans un bon piston.

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