Interview

Publié le 23 novembre 2011 | Par Superfly

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Interview : Ledisi

Originaire de la Nouvelle-Orléans, Ledisi a déjà dix ans de carrière derrière elle, sorti deux albums sur son propre label LeSun Records, quatre chez Verve et collaboré avec les plus grands, de Patti LaBelle à Chaka Khan en passant par Stevie Wonder et Prince. Parmi ses fans, on retrouve également le couple présidentiel Barack et Michelle Obama qui l’ont déjà invité à trois reprises  à chanter à la Maison Blanche. De passage à Paris pour un concert mémorable au Nouveau Casino en septembre dernier, la chanteuse américaine avait reçu Funk-U dans les locaux de sa maison de disques pour nous parler de son dernier opus Pieces of Me, ses influences et sa collaboration avec la légende de la musique brésilienne Sergio Mendes. Rencontre avec l’une des plus belles voix de la scène R&B soul.

 

FUNK★U : Patti Labelle a fait de vous son héritière officielle.

Ledisi : C’est un honneur. Je n’arrive toujours pas à croire qu’elle ait dit ça. Je veux dire, hello, LaBelle, Patti LaBelle ! C’est une chanteuse et un mentor incroyable. Elle me dit toujours : “sois toujours prête et tu n’auras jamais besoin de te préparer”. Avant, il m’arrivait de m’habiller de manière décontractée, en sweat baskets, mais Patti m’a dit, « non, tu dois toujours porter de belles chaussures plates ou des talons hauts et être maquiller ». Une artiste doit toujours être présentable. « C’est ton job ». Depuis, je soigne mon image.

 

Patti LaBelle & Ledisi

J’imagine que Patti LaBelle fait partie de vos influences…

Patti LaBelle, Chaka Khan, Dina Washington mais ma plus grande inspiration, c’est ma mère. Une chanteuse incroyable. Lorsqu’elle préparait un spectacle, elle se donnait toujours à 110% même quand il n’y avait personne. Elle était très belle avec sa coupe afro et son look de ballerine, j’ai toujours voulu lui ressembler. Elle était capable de chanter dans les aigus comme Chaka et Aretha (Franklin). Elle adorait Dina Washington. A l’époque, je ne connaissais pas toutes les paroles des chansons (et je ne les connais toujours pas (rires)) mais je connaissais les mélodies et les sensations qu’elles procuraient. En 2004, j’ai fini par rencontrer Chaka. Elle donnait une série de concerts dans la région d’Oakland près de chez moi. Elle m’a demandée de faire sa première partie avec mon groupe et tout le monde est venu me voir. Ensuite, j’ai assisté à son concert avec ma mère, un moment inoubliable.

Un rêve devenu réalité ?

C’est encore plus le cas aujourd’hui. Tous ces rêves qui continuent de se réaliser. Ma mère a toujours rêvé de se produire à l’Apollo Theater à New York et un jour un fan m’a envoyé une photo de l’enseigne avec mon nom dessus. Quand je lui ai envoyé la photo, elle s’est mise à pleurer. C’est la première fois de toute ma carrière que je fais une tournée solo aux États-Unis.

Dans « Shut Up », vous vous adressez à tous ces gens qui ne croyaient pas en vous. Était-ce difficile de vous faire entendre à vos débuts ?

A l’époque, je ne comprenais pas mon image, je ne comprenais pas mon métier, je ne comprenais pas que je n’étais pas obligé de me cantonner à un style de musique comme le souhaitaient certains. Je m’entendais dire : « il faut que tu suives la mode, c’est ce qui marche en ce moment ». Mais je suis le genre de poisson qui nage en dehors des lignes balisées. Je veux être certaine de quitter cette terre en laissant une œuvre dont je n’aurais pas à rougir.

Au début de ma carrière, j’ai vu pas mal de portes se refermées devant moi et à un moment donné, j’ai failli tout plaquer car c’était vraiment épuisant à la longue. Je ne voulais pas m’investir dans quelque chose qui ne me ressemblait pas. Je me disais, si je ne peux pas être moi-même, autant ne pas le faire. C’est ma ligne de conduite depuis le début et ma mère m’a toujours dit, ne change pas, tu es belle comme tu es et tu es différente. Et puis de bonnes personnes m’ont soutenu, je me suis accrochée et ça a fini par payer. J’ai trouvé une maison de disques qui me laisse être moi-même.

 

Ledisi Pieces of Me

Dans “Pieces of Me”, vous dites : “les gens ne savent pas qui je suis”. Mais qui êtes-vous Ledisi ?

(Rires) et bien je suis extrêmement timide, j’adore allée à contre-courant, parfois de manière délibérée, mon métier, ma famille, mes amis et les gens. J’ai beaucoup d’admiration pour les écrivains, les journalistes et les gens qui jouent avec les mots. Au départ, je voulais être journaliste musicale plutôt que chanteuse mais cela n’a pas marché. Ceci dit, je continue d’explorer cette voie puisque j’écris actuellement un livre, une sorte de mémoire qui sera publié chez Time Warner.

Plus loin dans la chanson, vous dites : “comme toutes les femmes, je suis compliquée”…

Je suis complexe dans ce sens où l’on ne peut pas me ranger dans une case. Je suis complexe parce que j’aime changer d’avis. Les femmes aiment changer d’avis. Parfois je ne sais pas dans quelle direction allé et j’ai besoin qu’on m’aide à prendre les bonnes décisions. Je suis timide et en même temps très expressive sur scène.

Comment est né le duo « Stay Together » avec le chanteur Jaheim ?

J’ai écrit cette chanson avec Rex Rideout, le producteur exécutif de « Pieces of Me ». C’est la 2ème chanson de l’album que nous avons écrit ensemble. Il y a tellement de chansons qui ne célèbrent pas la difficulté de maintenir une relation. J’aime les chansons réalistes qui mettent en avant cette difficulté. Pour « Stay Together », j’avais besoin d’une voix bien masculine à mes côtés et j’ai tout de suite pensé à Jaheim, c’est un chanteur à l’ancienne qui sonne comme Teddy Pendergrass et parle à toutes les générations.

Et la ballade « I Miss You Now » ?

John Legend m’a proposé cette chanson qu’il a composée avec son équipe de production FATboy. Je l’ai tout de suite adoptée car c’est exactement ce que ressentent les femmes : « I wanted him to go but now I want him back » (je voulais qu’il parte mais maintenant je veux qu’il revienne ». Vous voyez, c’est complexe ! (Rires)

Comment composez-vous ?

Parfois je commence par une mélodie au piano ou je me mets à la batterie, c’est le premier instrument que j’ai appris. J’adore le rythme. Parfois, l’idée peut venir d’une autre personne. Je commence à peine à collaborer avec d’autres songwriters. Quand je travaillais avec Claude Kelly, on se retrouvait parfois à écrire la même chose au même moment, ou alors il commençait par une mélodie et moi j’amenais les paroles. Mais le processus est toujours différent, ça dépend de la personne avec qui je travaille, du jour de la semaine, de mon humeur etc. L’idée d’une chanson peut aussi naître d’une conversation avec ma nièce qui va me raconter sa journée et réveiller mon âme d’enfant.

 

Sergio Mendes

En 2007, Sergio Mendes vous a invité à reprendre le classique « Waters of March » de Carlos Jobim sur son album Encanto. Vous a-t-il choisi personnellement ?

Oui, et je lui ai demandé: « mais vous êtes sûr ? (vous savez) je chante du R&B ! (Rires) ». Cette chanson est très longue et d’un point de vue rythmique, il y a un certain placement à respecter. Si vous vous plantez, cela ne sonne pas juste. Cette chanson est tellement difficile que j’ai entendu dire qu’Al Jarreau avait mis six heures pour l’enregistrer. Cela m’a pris une éternité également, environ quatre heures. Bon tout d’abord, je me suis retrouvée en studio avec le chanteur original (wow !), ensuite j’ai interprété le morceau comme il le souhaitait (Sergio est assez exigeant), deux fois de suite, c’était vraiment une chanson difficile et à un moment dans le morceau, il y avait un passage où je devais improviser et Sergio m’a dit « Oh ! Mais tu es une chanteuse ! » (Rires). Je me suis dit «oh super, il a enfin remarqué quelque chose ! » (Rires). Après ça, je savais que je pouvais tout chanter car c’est de loin la chanson la plus difficile que j’ai jamais enregistrée de toute ma carrière.

Vraiment ?

Celle-là et la reprise de Luther Vandross «My Sensitivity » parce que le phrasé est assez incroyable. Mais la chanson de Sergio Mendes reste la plus difficile, je n’ai jamais passé autant de temps à enregistrer une chanson.

Est-ce vous aimeriez enregistrer ce genre de chanson dans un de vos albums ?

J’adorerais. Je reprendrais “Softly as in the Monring Sunrise”, un morceau que je chantais dans les clubs de jazz dans un style bossa nova.

Quels sont vos projets ?

Je m’apprête à entamer ma première tournée solo, je serai de retour à Paris au mois de janvier prochain pour un nouveau concert et je vais terminer mon livre.

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