Interview

Publié le 5 novembre 2010 | Par Funk-u

0

Interview Exclusive Nile Rodgers (part. 3)


Dans la dernière partie de l’interview accordée à Funk-U, le légendaire guitariste/compositeur/producteur de Chic décrit son rapport avec le disco, sa rencontre avec Prince, l’histoire de l’album inédit de Johnny Mathis et évoque ses futurs projets.

Chic restera toujours associé au disco, qui est un terme un peu péjoratif aujourd’hui. Cela vous pose un problème ?

Ca ne me pose plus de problèmes car aux Etats-Unis, le disco est toujours un mot péjoratif et je suis très fier de représenter un mot péjoratif. À l’époque, je trouvais ça injuste car je respectais énormément les grands artistes de la disco. Quand nous avons démarré, Chic est devenu célèbre grâce à la disco. Nous étions un groupe jazz/funk/R&B qui enregistrait des instrumentaux, pas des chansons, un peu comme Kool & the Gang. Earth Wind & Fire possédait des chanteurs monstrueux mais nous, nous restions à l’arrière. On a engagé des choristes, mais au fond, tout ce que nous voulions, c’était jouer. La philosophie de Chic, c’est qu’une chanson est juste une excuse pour aller jusqu’au refrain, et le refrain n’est qu’une excuse pour aller jusqu’au break. Si on pense que la musique de Chic est naïve ou facile, on se trompe. J’ai joué avec John McLaughlin, Herbie Hancock et Wayne Shorter, et je ne suis pas sûr qu’ils soient capables de jouer une chanson de Chic (rires). Comme disait Parliament/Funkadelic, « Let’s Take it to the Stage, suckers ! » (rires). Essayez de jouer un Fa7/11 augmenté en face de moi… Jaco Pastorius me disait tout le temps que Bernard était le seul bassiste au monde capable de jouer « Everybody Dance ».

Avez-vous entendu Prince reprendre « Le Freak » sur scène ?

Oui, bien sûr. J’ai assuré la promotion d’un concert dont Prince était la vedette il n’y a pas longtemps. Il était en train de répéter « Le Freak » dans sa loge, mais dès qu’il m’a vu arriver, il s’est arrêté net (rires) ! Nous sommes de très bons amis. Je l’adore. Pour moi, il appartient au sommet absolu du spectre artistique. Il y a Prince, Miles, Coltrane, Eric Dolphy, James Brown et David Bowie. La première fois que j’ai rencontré Prince, c’était à New York, au Palladium, au début des années 1980. Il ne savait pas j’étais, mais personne ne savait à quoi ressemblaient les gars de Chic à l’époque. J’ai essayé de lui parler, mais il ne m’a pas répondu. Puis quelqu’un est venu lui dire à l’oreille « c’est Nile Rodgers » et nous sommes devenus très proches. Quand tu regardes la vidéo de « Sexy MF », il danse avec un album de Chic dans les mains. C’est la meilleure promotion qu’on n’aie jamais eu (rires) ! À l’époque, on était persona non grata. Prince est un énorme fan de Chic, et inversement.

Dans le coffret, on trouve des titres inédits d’un album enregistré avec Johnny Mathis en 1981. Quelle est l’histoire de cet album ?

Je n’arrive pas à croire que ce disque sorte enfin au bout de 25 ans. C’est de la musique expérimentale, nous cherchions quelque chose à cette époque et nous le cherchons toujours. Quand on pense à Johnny Mathis, on pense tout de suite à « Chances are… » (rires). Nous avons expliqué à Johnny qu’on voulait expérimenter avec lui. Quand un disque ne marche pas, ce n’est pas grave. Quand on lance un nouveau modèle de voiture et qu’il ne marche pas, on le perfectionne et on le relance l’année suivante. On essayait d’avoir du succès avec Johnny, mais il fallait aussi faire quelque chose de différent avec lui. Son management était inquiet. Il avait passé toute sa carrière chez Columbia, c’est le type qu’on entend toute le temps à Noël, et ils ne voulaient pas qu’il fasse (claque des doigts et chante « Go with flow »). On voulait lui montrer ce qu’on savait faire. « It’s Alright to Love Me » a été enregistrée en une seule prise. Je voyais sur son visage qu’il adorait ce qu’il entendait. On aurait pu faire autre chose avec Johnny Mathis, mais il fallait qu’on l’emmène ailleurs avec Chic, vers le futur. Il venait d’enregistrer un disque « acceptable » avec Denice Williams. Nous, on voulait faire quelque chose de moins acceptable. J’ai joué sur un grand nombre de disques. Dans certaines vidéos, on ne me voit pas, mais c’est moi qui joue, et pas Rick Derringer comme dans les vidéos de Cindy Lauper.

Sur la pochette de Savoir Faire, on peut lire “Volume I”. Peut-on s’attendre à une suite ?

Il y aura d’autres volumes. J’ai signé avec Warner France pour le reste de ma vie (rires) ! La France est mon nouveau pays… Il y aura aussi de nouveaux morceaux de Chic : ll y a quatre ans, après un concert à Stockholm, j’ai voulu me rendre au studio d’Abba, mais on m’a dit qu’il était fermé. Nous avions trois jours de libre. Ils nous ont donc ouvert le studio Polar, ils ont branché la SSL deux jours avant qu’on arrive. Nous avons enregistré quelques chansons inachevées. Aujourd’hui, il y a les choses qui figurent dans ce coffret, mais aussi plein d’autres chansons que je dois terminer.

Propos recueillis par Loïc Bussieres et SlyStoned.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retour en haut ↑